Envoyées en Syrie pour assouvir les besoins sexuels des musulmans combattants

Les «bataillons» de femmes et de jeunes filles envoyées par des organisations islamistes radicales tunisiennes pour le «djihad» par le sexe en Syrie ont «enfanté» une situation inextricable en Tunisie. Ces femmes qui se sont adonnées au «djihad a’nikâh» en assouvissant l’instinct bestial d’innombrables «rebelles» syriens sont rentrées en Tunisie enceintes. Certaines ont déjà donné naissance à des enfants dont le père est inconnu. Ces enfants illégitimes, puisque conçus dans une relation hors mariage, n’ont pas et n’auront pas de nom. Ils sont nés sous X et risquent de grandir avec ce lourd fardeau qu’ils traîneraient comme un boulet jusqu’à la fin de leurs jours. Pour les autorités tunisiennes, islamistes elles-mêmes, c’est un véritable casse-tête. La presse tunisienne ne parle que de ça. Elle revient sur ces filles et femmes qui ont été recrutées par des pseudo-associations caritatives et qui ont été envoyées au «front» syrien pour une nouvelle forme de «djihad», la dernière trouvaille des salafistes qui infestent le monde musulman.

Ce «djihad» n’est, en réalité, qu’une forme de prostitution «légitimée» par les extrémistes religieux au nom de la «guerre sainte». «Ces filles viennent pour la plupart des quartiers populaires de la périphérie des grandes villes où elles ont été recrutées par des associations pseudo-caritatives ou soi-disant religieuses de la mouvance islamiste pour aller satisfaire les pulsions sexuelles des djihadistes en Syrie», souligne le site tunisien Kapitalis qui s’interroge sur ce que vont faire les autorités tunisiennes de ces enfants nés sous X en Syrie. De son côté, Assabah News a rapporté le cri de colère et d’alarme de l’avocat Badis Koubakji, président de l’association de secours aux Tunisiens à l’étranger. «Le nombre des Tunisien(ne)s et Somalien(ne)s envoyé(e)s en Syrie est impressionnant. La situation de ces djihadistes, filles ou garçons, est lamentable. Plusieurs combattant(e)s tunisien(ne)s en Syrie viennent de France, d’Allemagne et surtout de Belgique. Plusieurs ont été tué(e)s, d’autres sont encore dans les camps du mouvement terroriste Jabhat Ennosra (affilié à Al-Qaïda, ndlr).

Ceux d’entre eux et d’entre elles qui demandent à rentrer au pays sont empêché(e)s et souvent même liquidé(e)s», précise-t-il. C’est un véritable drame pour les familles de ces filles. C’est pour cela qu’il appelle ces familles et leur demande «de ne plus confier leurs filles ou garçons à des gens qui risquent, au nom de la légitimité du djihad en Syrie, de les expédier sur les fronts du djihad en Syrie et ailleurs». Est-ce suffisant ? Assurément pas. La guerre en Syrie s’accentue. Et les appels incessants de pseudo-chouyoukh comme Al-Qaradawi adressés aux musulmans pour le djihad contre l’Etat syrien risquent d’attirer de nouveaux contingents de filles naïves et crédules qui accepteraient d’aller en enfer.
S. Baker
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ATH WAGHLIS RENDENT HOMMAGE à MASSINISSA

MASSINISSA, est un roi Amazigh et le premier roi de la Numidie unifiée. Son nom a été retrouvé dans son tombeau à Cirta, l’actuelle Constantine sous la forme consonnique MSNSN (à lire MAS-N-SEN, qui veut dire « Leur Seigneur »). Fils du roi Gaïa (Agellid en berbère) (G.Y.Y, inscription punique), petit-fils de Zelalsan et arrière-petit-fils d’Ilès. Né vers 238 av. J.-C. dans la tribu des Massyles (Mis Ilès), il meurt début janvier 148 av. J.-C.. À la mort de Gaïa, Massinissa passant dans le camp de Rome, en 204 av. J.-C. contribue à la capture et la victoire sur Syphax roi des Massaesyles par le commandant romain Gaius Laelius. Syphax est alors envoyé à Rome en tant que prisonnier où il meurt en 202 ou 203 av. J.-C. et les Romains accordent au roi Massinissa le royaume de Syphax en remerciement de son aide. Il contribua largement à la victoire de la bataille de Zama à la tête de sa fameuse cavalerie numide. Jeunesse durant la Deuxième Guerre punique La Numidie des Massyles et des Massaesyles avant l’unification par le roi Massinissa Durant la Deuxième Guerre punique, Rome cherchait à se faire des alliés en Afrique du Nord. Syphax, roi des Massaessyles en Numidie occidentale, cherchait à annexer les territoires de la Numidie orientale, dirigée par Gaïa, roi des Massyles. C’est ainsi que Syphax accepta trois centuries romaines et se tourna contre Carthage. Carthage vint en aide à Gaïa, en échange de cinq mille cavaliers numides sous le commandement du jeune Massinissa, âgé de vingt-cinq ans, à partir de 212 ou 211 av. J.-C.. Massinissa rejoignit les troupes carthaginoises avec son fidèle ami Laminius en Espagne jusqu’à l’automne 206 av. J.-C.. Il remporta une victoire décisive contre Syphax, et mena avec succès une campagne de guérilla contre les Romains en Ibérie. Les Carthaginois, battus à Ilipa, finirent par perdre leurs possessions en Méditerranée. Le général romain Scipion, qui commandait l’armée en Espagne, songeait à porter la guerre en Afrique et s’assurer le soutien des royaumes numides. Il gagna l’amitié de Massinissa à partir de 206 av. J.-C., avec lequel il avait passé un accord en secret, puis il se rendit en Afrique pour tenter de convaincre Syphax de rester dans l’alliance. Mais le roi massaessyle, ayant eu vent de l’accord avec Massinissa, s’était déjà rapproché de Carthage Accession au trône À la mort de Gaïa (206 av. J.-C.), son frère Oezalces (Oulzacen) lui succède. Marié à une Carthaginoise nièce d’Hannibal, il bénéficie de l’appui des Carthaginois contre ses voisins et ses vassaux turbulents. Mais Oezalces meurt et Capussa monte sur le trône. Usurpation Capussa est immédiatement contesté par Meztul son cousin, issu de la fraction rivale de la branche régnante. Meztul obtient des armes et des renforts de Syphax et s’attaque aux forces de Capussa. Le combat entre les deux clans donna la victoire à Meztul. Capussa mourut en pleine bataille, Meztul s’empara du pouvoir pour placer sur le trône Lacumazes, alors que, selon la tradition, le trône revenait à Massinissa. Carthage, approuvant cette usurpation, scella alliance avec Meztul et lui donna pour épouse la veuve de Oezalces. Luttes Massinissa apprit ces évènements alors qu’il était en Espagne; il décida de quitter Gadès pour la Maurétanie (-206), et craignant les représailles de Syphax, allié de son cousin, il demanda l’aide de Baga, roi des Maures. Celui-ci lui offrit une escorte de 4000 hommes qui l’accompagna jusqu’aux limites de ses terres. Après avoir rassemblé 500 cavaliers parmi les siens et les fidèles partisans de la famille, il s’attaqua à ses adversaires. Lacumazes, qui s’apprêtait à quitter Thapsus (actuelle Tunisie), siège de son gouvernement pour se rendre à Cirta afin de présenter ses hommages à Syphax, fut attaqué par Massinissa dans un défilé non loin de la ville. Vaincu dans cette embuscade, Lacumazes parvint néanmoins à prendre la fuite et à rejoindre Cirta. Cette victoire valut à Massinissa un afflux de partisans qui lui permirent de consolider sa position. Lacumazes et Maztul rassemblèrent des hommes de leur clan, obtinrent l’aide de Syphax et revinrent à la charge avec 15 000 fantassins et 10 000 cavaliers. Malgré un nombre d’hommes bien moindre, Massinissa est encore victorieux et leur inflige une dure défaite. Battus et abandonnés par les leurs, Lacumazes et Meztul se réfugient à Carthage cette fois, chez leurs beaux-parents. Massinissa occupa alors Thapsus, qui devint la capitale des Massyles. Afin de consolider son pouvoir, il mena une lutte efficace contre Carthage et prôna l’union de tous les Numides. À Lacumazes et Meztul, il offrit de leur rendre leur bien et la considération due à leur rang s’ils revenaient dans leur patrie. Ceux-ci, rassurés quant à la sincérité de leur cousin, quittèrent Carthage et le rejoignirent. Ce regroupement des forces numides inquiéta les suffètes qui dépêchèrent alors Hasdrubal Gisco auprès de Syphax pour le persuader du danger que représentait désormais un tel voisin. Syphax prétexta alors une vieille querelle concernant des territoires qu’il avait autrefois disputés à Gaïa pour attaquer Massinissa et le contraindre à épuiser ses faibles moyens. Massinissa accepta le combat, son armée fut mise en déroute et Syphax s’appropria alors une partie du royaume massyle. Massinissa, réfugié dans les montagnes, avec une poignée de fidèles, connut une vie de proscrit. Il ne continua pas moins à harceler ses ennemis par des raids organisés contre les campagnes carthaginoises et les hommes de Syphax ne réussirent pas à venir à bout de lui. L’insécurité qu’il fit peser sur les colons et sa popularité grandissante en Numidie inquiétèrent une fois de plus les suffètes carthaginois. Des expéditions contre Massinissa furent envoyées, on le crut mort. Mais, une fois ses plaies cicatrisées, Massinissa revenait à la charge et marchait une fois de plus contre Syphax. Peu à peu, ses compatriotes le reconnurent, lui adressèrent leur allégeance et lui offrirent les moyens dont il manquait. Récupération Son royaume récupéré, Massinissa s’attaqua alors aux territoires voisins. Les colons carthaginois, pour se défendre, se lièrent avec les Massaesyles et rassemblèrent une grande armée contre les Massyles. Syphax était à la tête d’un vaste royaume et sa guerre contre Massinissa ne lui procura que plus de prestige encore. Satisfait de sa victoire qui ne sera guère durable, Syphax accorde en dot au mariage de la belle Sophonisbe, les territoires qu’il avait usurpés à Gaïa. Tout cela se déroula en 205 av. J.-C., moins d’un an après le retour d’Espagne de Massinissa. Intervention romaine en Afrique Scipion, décidé à en finir avec Carthage, débarqua en Afrique. Le rusé Romain essaya une nouvelle fois d’attirer Syphax qui rejeta de nouveau l’alliance proposée. Il se tourna alors vers Massinissa. Les premiers combats tournèrent en faveur des deux alliés. Ces derniers, encouragés par leurs succès, s’attaquèrent à Utique, place forte carthaginoise, mais l’intervention de Syphax les obligea à se retirer. Ils prirent leurs quartiers d’hiver et Scipion, en cachette de Massinissa, entra de nouveau en contact avec Syphax. Faute de pouvoir le détacher des Carthaginois, il lui demanda de proposer une solution pour mettre fin au conflit entre Rome et Carthage. Syphax proposa que les Carthaginois évacuent l’Italie, où ils étaient en campagne, en échange de quoi les Romains quitteraient l’Afrique. Si le général Asdrubal, qui commandait les Carthaginois, accepta l’offre, Scipion, qui voulait en fait la reddition pure et simple de la Cité punique, la rejeta. Massinissa et le général romain Scipion l’Africain reprirent leurs attaques, obligeant cette fois-ci les troupes puniques à se replier sur Carthage. Syphax, lui, ne voulant pas perdre plus d’hommes, se retira dans son royaume. Les Carthaginois, comprenant que les Romains ne leur laisseraient pas de répit, décidèrent, après avoir adopté une attitude défensive, de passer à l’offensive. Ils levèrent une forte armée qui, rejointe par Syphax, donna l’assaut. Ce fut la bataille des Grandes Plaines (avril 203 av. J.-C.) qui s’acheva par la victoire des forces coalisées de Massinissa et de Scipion. Il y eut un répit au cours duquel chaque camp reconstitua ses troupes, puis la guerre reprit. Un combat s’engagea entre Massinissa et Syphax, et ce dernier, entouré par de nombreux soldats, était sur le point de l’emporter, quand l’armée romaine intervint. Jeté à terre, Syphax fut arrêté. On l’enchaîna et on le conduisit sous les murs de Cirta qui, voyant son roi en piteux état, décida de se rendre. Massinissa se rendit aussitôt au palais où il retrouva Sophonisbe, épouse de Syphax et fille d’Hasdrubal Gisco (qui d’après Appien lui avait été auparavant promise) et l’épousa sur le champ. Mais Scipion désapprouva ce mariage hâtif, et Massinissa se résolut à faire parvenir du poison à la reine afin de lui éviter le déshonneur de la captivité (il est cependant difficile d’établir la réalité historique de ces faits). Massinissa, après plusieurs années d’errance, put ainsi reprendre le royaume de ses pères. Carthage, vaincue, fut obligée de signer une paix qui la priva d’une grande partie de ses territoires et de sa flotte. Le retour de Hannibal, qui avait mis fin à la campagne d’Italie, souleva les espoirs de la cité. Un incident rompit bientôt la paix et la guerre reprit. Guerre contre Hannibal Hannibal s’allia à Vermina, le fils et successeur de Syphax et, ensemble, ils envahirent le royaume des Massyles. Massinissa et Scipion les rejoignirent à Zama et une grande bataille s’engagea (202 av. J.-C.). Le choc fut rude et il y eut des pertes des deux côtés, puis la bataille tourna à l’avantage de Massinissa et de Scipion. Carthage fut de nouveau contrainte à négocier. Mais le précédent traité fut révisé et la cité punique dut restituer à Massinissa tous les territoires qui avaient été arrachés à ses ancêtres. Hannibal se révolta et essaya de s’opposer au traité mais, menacé d’être livré aux Romains, il s’enfuit en Syrie où il se suicidera en 183 av. J.-C.. Le personnage et l’œuvre Appien dit de lui: « qu’il était beau dans sa jeunesse et de taille élevée. Il garda, jusqu’à l’âge le plus avancé, une étonnante vigueur. Il pouvait rester une journée entière debout ou à cheval; octogénaire, il sautait sur sa monture sans aucune aide et, comme les autres Numides, il dédaignait l’usage de la selle. Il bravait tête nue le froid et la pluie. À 88 ans, il commanda son armée dans une grande bataille contre les Carthaginois; le lendemain, Scipion Emilien le trouva sur pied devant sa tente, tenant un morceau de galette sec qui constituait tout son repas. » Massinissa eut plusieurs épouses et un nombre considérable d’enfants dont quarante-trois garçons ; parmi ses nombreuses filles, plusieurs furent mariées à des nobles carthaginois. La plupart des enfants de Massinissa disparurent avant lui mais il en resta, à sa mort, une dizaine (Mikusan dit Micipsa, Gulussa, Mastanabal, Masucan…). Massinissa adorait les enfants et il garda durant plusieurs années auprès de lui certains de ses petits-enfants. À des marchands grecs, venus acheter des singes en Numidie, pour distraire des riches oisifs, il aurait dit: « Les femmes de votre pays, ne vous donnent-elles donc pas d’enfants ? » Massinissa, qui était un rude guerrier, encouragera la littérature et les arts, envoya ses enfants étudier en Grèce et reçut à sa cour de nombreux écrivains et artistes étrangers. Ce fut un homme courageux et un roi généreux (pardon accordé à Lacumazes et Meztul, protection accordée à Sophonisbe). Après la bataille de Zama, Massinissa vécut encore de nombreuses années. Il garda sa vie durant l’amitié de Rome sans jamais être son vassal et, contre ses appétits impérialistes, déclara, dans une formule restée célèbre : « l’Afrique appartient aux Africains ». Il récupéra non seulement les territoires que lui accordait le traité passé avec Carthage mais aussi de nombreuses villes et régions sous l’autorité des Carthaginois ou de Vermina, le fils de Syphax. De 174 à 172, il occupa soixante-dix villes et forts. Si Massinissa combattit les Carthaginois, il ne dédaigna pas pour autant la civilisation carthaginoise, dont il sut tirer avantage. La langue punique fut d’usage courant dans sa capitale où l’on parlait également, en plus du berbère, les langues grecque et latine. Il savait aussi se comporter en souverain raffiné, portant de riches vêtements et une couronne sur la tête, donnant, dans son palais de Cirta, des banquets où les tables étaient chargées de vaisselle d’or et d’argent et où se produisaient les musiciens venus de Grèce. L’œuvre sociale et politique de Massinissa fut aussi grande que son œuvre militaire. Il sédentarisa les Numides, édifia un État puissant et le dota d’institutions, inspirées de celles de Rome et de Carthage. Il fit frapper une monnaie nationale et entretint une armée régulière et une flotte qu’il mit parfois au service de ses alliés romains. Ce fut un grand souverain qui s’efforça toute sa vie, de faire de la Numidie un pays unifié et indépendant. Postérité Massinissa, fut célèbre dans tous les pays de la Méditerranée et l’île de Délos, en Grèce, lui éleva trois statues. Vers la fin de sa vie, il voulut s’emparer de Carthage pour en faire sa capitale. Les Romains, qui redoutaient qu’il n’acquière une puissance encore plus grande que celle des Carthaginois et qu’il ne se retourne contre eux, s’opposèrent à ce projet. Caton, attirant l’attention sur le danger que représentait Massinissa, lança sa célèbre formule: « Delenda est Carthago! » (« Carthage doit être détruite ! »). Ce fut de nouveau la guerre en Afrique et, après d’âpres combats, Carthage fut livrée aux flammes, puis au pillage. Les survivants furent réduits en esclavage et la ville fut entièrement rasée (146 av. J.-C.). Massinissa, mort quelque temps plus tôt, n’avait pas assisté à la chute de la ville convoitée. Ses sujets, qui l’aimaient, lui dressèrent un mausolée, non loin de Cirta, aujourd’hui Constantine (Algérie), sa capitale, et un temple à Thougga, l’actuelle Dougga, en Tunisie. Une autre stèle à l’effigie de cette personnalité historique a été érigée, le 06 juillet 2013, au niveau du village Loudha Commune et Daira de Chemini Wilaya de Béjaia (Algérie).

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Sur nos terres, nos prénoms sont interdits: l’ONU saisit le gouvernement algérien

Refus d’enregistrement de prénoms amazighs

L’Algérie doit fournir des efforts supplémentaires pour satisfaire les exigences onusiennes sur la lutte contre la discrimination raciale.

Le Comité de lutte contre la discrimination raciale de l’ONU a, pour l’élimination de cette pratique, examiné le rapport présenté par le gouvernement algérien et rendu publiques ses recommandations dans lesquelles il fixe les chantiers sur lesquels il faut travailler avant la prochaine session. Et la première question est celle de tamazight. Le comité revient, dans son rapport, sur l’interdiction de certains prénoms amazighs par l’administration de l’état civil. «Le Comité est préoccupé du fait que dans certaines communes, les officiers de l’état civil refusent de procéder à l’enregistrement des prénoms amazighs sous prétexte qu’ils ne figurent pas sur ‘‘la liste des prénoms à caractère algérien’’», lit-on dans ce rapport.

Tout en prenant acte de l’engagement de l’Etat de procéder à la révision de ladite liste pour y inclure plus de 500 prénoms amazighs, les rédacteurs de ce rapport lui recommandent de respecter, tout simplement, le droit et la volonté de tous les Algériens. «Le Comité lui recommande de prendre les mesures nécessaires pour assurer qu’en faits et en droits, tous les Algériens aient le libre choix des prénoms de leurs enfants et puissent les inscrire auprès de l’officier de l’état civil sans discrimination aucune», exige l’instance onusienne. Ce rapport regrette également le fait que la langue amazighe ne soit pas encore reconnue comme langue officielle. Ce qui l’exclut, explique-t-on, de la sphère publique telle que l’administration ou l’appareil judiciaire malgré son statut de langue nationale.

«Le comité prend note de la déclaration de l’Etat partie sur les efforts supplémentaires qui seront entrepris et l’encourage ardemment à assurer l’enseignement de la langue amazighe à tous les niveaux d’éducation et instituer la langue amazighe comme langue officielle en vue de renforcer sa promotion sur toute l’étendue du territoire», souligne-t-on dans le même rapport. Le comité demande également au gouvernement algérien de fournir des données sur la composante ethnique du pays.

«Le comité note l’absence, dans le rapport de l’Etat partie, de données statistiques de la composition de la population. Il relève aussi l’absence d’indicateurs socioéconomiques pertinents sur l’exercice des droits garantis par la Convention par les membres de divers groupes, en particulier les Amazighs et les non- ressortissants, ces données étant utiles pour déterminer les progrès accomplis et les difficultés rencontrées dans l’application des dispositions de la Convention», précise-t-on encore dans le document.

Madjid Makedhi El Watan du 09/03/2013

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A PROPOS de YENNAYER ET du NOUVEL AN AMAZIGH

Le calendrier dit «berbère», qui débute le 12 janvier, provient du calendrier romain élaboré en l’an 45 avant J.-C. par l’empereur Jules César. Il est d’ailleurs appelé «julien» par référence à son inventeur.

Il a été repris par tout l’empire romain, y compris le Maghreb. Mais ce calendrier accusait du retard par rapport au soleil, ce qui fait qu’il s’est mis à dériver. Une première réforme est engagée par l’église chrétienne qui l’a adoptée au IVe siècle, mais le soleil s’élevait à 10 jours.

Le pape Grégoire XII le corrige alors, lui donnant une durée de 365 jours 5 heures 49 minutes et 12 secondes avec, pour février, un jour supplémentaire tous les quatre ans. Pour rattraper le retard, on est passé du jeudi 4 octobre 1582 au vendredi 15 octobre.

Le calendrier julien est ainsi devenu le calendrier grégorien. Sauf au Maghreb, où on a continué à l’utiliser dans les campagnes. C’est le retard du calendrier julien qui fait que nous fêtons le jour de l’an le 12 et non le 1er janvier. Selon certains spécialistes, le retard ayant continué à s’accumuler, c’est le 14 et non le 12 qu’il faudrait fêter notre 1er Yennayer !

On fait commencer l’ère berbère en 950 avant J.-C., date à laquelle le roi berbère Sheshonq avait vaincu les Egyptiens, occupant le pays et y fondant la 22e dynastie pharaonique. En partant de cette date, on aboutit, aujourd’hui, à l’année 2962. (Ce repère a été adopté durant les années 1967 à 1970 par l’académie Berbère).

Ce calendrier se compose de douze mois ayant le même nombre de jours que les mois du calendrier grégorien. Les noms de ces mois sont tous empruntés au latin, aussi bien dans les dialectes arabes que berbères :

Yennayer, nnayer, latin : janaris meis, janvier mois du dieu Janus

Furar, latin : februarius, mois de février

Maghres, mars, latin : mars, mois du dieu Mars, mois de mars

Yebrir, Abril, latin : Aprilis mens

Mayyu, maggru, mayu, latin : Maiius mois de la déesse Maïa, mois de mai

Yunyu, Yûlyûh, latin : julius, mois de Jules César mois de juillet.

Ghucht, latin, augustus: d’Auguste, août ; September, de septem «sept» septième mois de l’année qui commençait en mars

Tuber, ktuber, latin : october, de octo : «hui», huitième mois de l’année

Nwamber: wamber, nunenber, latin : november, de novem «neuf», neuvième mois

Djember, dudjember, latin décember, de décem, «dix».

Yennayer et le calendrier Julien

Origine et définition

Le nouvel an berbère, Yennayer, est une tradition ancienne inscrite dans le calendrier agraire de l’Afrique du Nord et qui connaît aujourd’hui un regain de vitalité. Comme premier jour de l’année (aqerru useggas) il est marqué par des rites, des mets, des augures dans une atmosphère de fête à peu près semblable dans toutes les régions.

Une interprétation optant pour une étymologie berbère donne yen-n-yur, « 1er de la lune », envisageant par là un calendrier lunaire originel. Les premiers calendriers forgés par les hommes étaient probablement d’origine lunaire, le cycle de la lune étant le plus aisément observable depuis la terre, mais cela ne constitue pas une preuve suffisante pour donner raison à cette étymologie qui soulève plusieurs questions :

– « Si les Berbères avaient élaboré un comput et un calendrier lunaire datant de l’antiquité, pourquoi l’auraient-ils abandonné et pourquoi n’en ont-il laissé aucune trace alors qu’ils connaissaient l’écriture leur permettant de le faire ? »

– Si les Berbères avaient nommé leur mois de janvier en référence à la lune, comment se fait-il que les onze autre mois portent des noms latins ? Ces simples questions laissent penser que Yennayer est bien plutôt le mois de janvier latin, le Januarius du calendrier julien comme le sont tous les autres mois de l’année agricole berbère.

Ce Januarius du calendrier romain était le mois du Dieu Janus (Dieu des portes, des seuils). Il s’agit du mois de janvier du calendrier républicain romain qui n’est lui même devenu le premier de l’année qu’au cours du 2ème siècle avant notre ère, prenant la place de Martius, le mois de Mars qui marquait jusque-là le début de l’année. Mais à cause de son décalage croissant par rapport à l’année solaire, ce calendrier lunaire est devenu, au fil des années, ingérable par les pontifes (prêtres) romains, et a conduit Jules César à le réformer, grâce aux conseils du mathématicien et astronome grec Sosigènes rencontré à Alexandrie. Ce dernier s’appuyait sur des projets de réforme du calendrier solaire égyptien qui possédait déjà 12 mois de trente jours chacun auxquels étaient rajoutés cinq jours pour arriver à une année de 365 jours. La mort brutale de Jules César fit que la réforme ne s’appliqua pas avec toute la précision voulue et les pontifes intercalèrent au calendrier une année bissextile tous les 3 ans. Son neveu Octave devenu l’empereur Auguste, le réajusta encore en intégrant cette année bissextile seulement tous les 4 ans pour obtenir enfin une année de 365 jours ¼.

Le calendrier julien est donc un calendrier solaire de 11 mois de 30 et 31 jours chacun auxquels s’ajoutent un mois de 28 jours, plus ¼ de jour supplémentaire (année bissextile tous les 4 ans), ce qui donne une année de 365 jours ¼. L’année solaire est exactement de 365,2422 jours. Ce léger décalage par rapport à l’année tropique a été supprimé par le pape Grégoire XIII en 1582 qui a fait passer simplement la date du 4 octobre à celle du 15 octobre supprimant ainsi les 11 jours de dérivation qui manquaient au calendrier julien depuis sa réforme augustéenne (11 mn/an soit 1 jour tous les 134 ans). Ce calendrier grégorien s’est répandu en Europe occidentale, dans le monde catholique d’abord, protestant ensuite, demeurant probablement inconnu en Afrique du Nord jusqu’au 19ème siècle.


Introduction du calendrier julien en Afrique du Nord


Deux hypothèses ont été avancées jusqu’à présent
:


Transmission du calendrier julien depuis l’antiquité

Il est évident que le calendrier julien a été introduit en Afrique du Nord avec l’empire romain et qu’il était connu dans les régions latinisées tout au moins. Mais cela suffit-il pour dire que c’est lui qui nous est parvenu et que nous connaissons aujourd’hui ? La question mérite d’être posée car rien n’est moins sûr étant donné l’absence totale de traces de transmission. Comment comprendre en effet qu’un calendrier nous soit parvenu depuis l’antiquité en l’absence totale de traces en latin ? D’autre part comment expliquer la présence du calendrier partout en Afrique du nord, même dans les zones du Sahara où l’influence romaine était plus faible ?

Hypothèse de l’origine copte C’est dans les années 1950 que Jean Servier propose une origine copte du calendrier berbère. Cette hypothèse est difficilement recevable à causes des caractéristiques très différentes des deux calendriers. Le calendrier chrétien copte a conservé les noms de mois des divinités égyptiennes ainsi que la structure de l’année qui compte 12 mois de 30 jours + 5 jours supplémentaires comme le faisait l’année égyptienne. Il faut ajouter à cela que le premier mois de l’année copte, nommé Thout débute en août-septembre, ce qui n’est pas le cas en Afrique du Nord.

Notre hypothèse

Aux deux hypothèses précédentes nous en ajouterons une troisième qui nous paraît la plus probable. En l’absence totale de traces de transmission depuis l’antiquité, comment expliquer la présence actuelle du calendrier julien partout en Afrique du Nord, d’Est en Ouest et du Nord au Sud ? Comment expliquer aussi que parallèlement aux mois juliens on trouve des périodes de 40 jours parfaitement identifiées partout en Afrique du Nord : Lyali (pour les froidures blanches et noires), Smaïm (pour les chaleurs sèches), Nisan (pour les pluies de printemps) ? C’est d’ailleurs cette périodisation qui est l’illustration du caractère agraire du calendrier actuel et tous ceux qui emploient ces termes aujourd’hui pensent qu’il s’agit de mots sûrement arabes. Cette passion pour l’agriculture nous a mise sur la piste des agronomes andalous du Moyen Age. Ces derniers ont en effet rédigé et diffusé en arabe (langue de diffusion scientifique de l’époque) à partir du 11ème siècle, des traités d’agriculture rationnelle reprenant le calendrier julien espagnol que toute l’Europe, ainsi que l’empire grec Byzantin avaient conservé depuis l’empire romain.

C’est ainsi que le calendrier julien a été étoffé par les périodes citées qui ne pouvaient être connues que des spécialistes et des érudits voyageant en Syrie ; le Kitab-al-filaha d’Ibn-al-Awwam publié au 11ème siècle à Séville en est un bel exemple. Ainsi Nisan, par exemple, est le nom du mois d’avril du calendrier chrétien syriaque. Précisons que ce nom est d’origine babylonienne et qu’il a servi aussi au calendrier hébreu. C’est sans doute autour de cette période que ce calendrier julien-syriaque andalou fut adopté en Afrique du Nord. En effet, c’est à la fin du 11ème siècle, en 1090, que le sultan Almoravide Yusuf ibn Tashfin annexe à son royaume nord-africain les royaumes musulmans d’Espagne. Cela se poursuivra sous la dynastie suivante des Almohades, qui constituait un royaume unique depuis l’Andalousie jusqu’à l’Egypte, laquelle promut un certain nombre de savants. De plus, au fur et à mesure de la Reconquista (qui se termina en 1492), l’élite andalouse se replia en Afrique du Nord (par exemple à Bgayet), y propageant ses idées.

Si les agronomes andalous ont préféré reprendre le calendrier solaire julien c’est qu’ils estimaient qu’il était mieux adapté à l’agriculture que le calendrier lunaire musulman (ce qu’ont fait aussi tous les agriculteurs de l’Afrique du Nord), lequel compte 12 mois sacrés de 29 ou 30 jours. Le prophète ayant interdit d’ajouter des jours supplémentaires pour rattraper l’année solaire, le calendrier hégirien conserve ainsi une année plus courte que l’année tropique

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Les détails de l’assassinat d’ABANE RAMDANE

IMPORTANT:Tous les détails de l’assassinat d’ABANE RAMDANE, le Jean Moulin algérien
Par Mohamed Lebdjaoui

Le 29 mai 1958, El Moudjahid, organe central du FLN, publiait son numéro 24, la première page entièrement encadrée de noir. En titre, au-dessus d’une grande photo :  » Abane Ramdane est mort au champ d’honneur.  »

Et voici le texte :  » Le Front de Libération Nationale a la douleur d’annoncer la mort du frère Abane Ramdane, décède sur le sol national des suites de graves blessures reçues au cours d’un accrochage entre une compagnie de l’Armée de libération nationale chargée de sa protection et un groupe motorisé de l’armée française.

« C’est en décembre 1957 que le frère Abane Ramdane s’était chargé d’une mission importante et urgente de contrôle à l’intérieur du pays. Il réussissait à franchir avec beaucoup de difficultés les barrages de l’ennemi pour parvenir aux lieux qu’il s’était assignés. Sa mission se déroulait lentement et surement.

Avec cette conscience et cette minutie que nos djounouds ont eu si souvent l’occasion d’apprécier, Abane poursuivait sa tache journellement. Contactant inlassablement l’Armée et les commissaires politiques, il parcourait les zones dans tous les sens, entouré de l’affection et de l’admiration de tous ses frères. Une compagnie de djounouds était spécialement chargée de sa protection et rien ne laissait prévoir l’accident brutal qui devait l’arracher a la ferveur de l’Algérie combattante.  » Malheureusement, dans la première quinzaine d’avril, un violent accrochage
entre nos troupes et celles de l’ennemi devait mettre la compagnie de protection de notre frère Abane dans l’obligation de participer à l’engagement. Au cours du combat qui dura plusieurs heures, Abane fut blessé. Tout laissait espérer que ses blessures seraient sans gravité. Entouré de soins vigilants, nous espérions que la constitution robuste de Abane finirait par l’emporter. Pendant des semaines nous sommes restés sans nouvelles, persuadés cependant qu’il triompherait une fois encore de l’adversité. Hélas ! une grave hémorragie devait lui être fatale.

« C est la triste nouvelle qui vient de nous parvenir.  » La belle et noble figure de Abane Ramdane, son courage et sa volonté ont marqué les phases essentielles de la lutte du peuple algérien
« Ne en 1919, ancien élève du collège de Blida, doué d’une solide culture, il était dès 1946 membre du MTLD. Il se distinguait rapidement par ses qualités d’organisateur, devenait membre du Comite central et chef de la wilaya de l’Est (à l’époque du Nord constantinois). Impliqué dans le  » complot  » dit du Constantinois, il était arrêté et condamné à six ans de prison, fin 1950. Son comportement courageux au cours de sa longue détention devait entrainer pour lui des déplacements continuels. Commençait alors un long périple dans les prisons centrales de France et d’Algérie.
« Libéré en février 1955, il entrait immédiatement au Front de Libération Nationale dont il devenait rapidement un membre dirigeant. A ce titre, il participera à l organisation du Congrès de la Soummam (aout 1956). Désigné comme membre du Comite de coordination et d’ Exécution, il s installait à Alger. Avec les autres frères, il menait  » la bataille d Alger  » de décembre 1956 à mars 1957. Echappant de justesse au général Massu, il quittait l’Algérie pour participer à la conférence du Caire en aout 1957.

« Le Front de Libération Nationale perd un de ses meilleurs organisateurs. L’Algérie combattante un de ses enfants les plus valeureux.  » Nous pleurons un frère de combat dont le souvenir saura nous guider.  » J ai tenu à reproduire intégralement ce texte historique. Mis à part la biographie finale, autant de lignes, autant de mensonges. De toutes les tragédies qui ont marqué la Révolution algérienne, la mort d’Abane est l’une des plus atroces : mais non pour les raisons que donne la fraction dirigeante du CCE, inspiratrice de l’article. Car il est temps de dire tout haut ce que quelques-uns savent, ce que beaucoup pressentent, et qui empoisonne encore, onze ans âpres, l’atmosphère de bien des milieux politiques algériens. Abane Ramdane n’est pas mort au champ d honneur. Il a été, de la manière la plus lâche, attiré dans un guet-apens et assassiné, de sang-froid, par ceux qu’il croyait  » les siens ».

Seuls, probablement, peuvent mesurer toute la gravite de cette perte ceux qui, comme moi, eurent la chance difficile de travailler avec lui. Mais nul ne restera insensible au destin d’un homme qui, après avoir été le principal organisateur des combattants de l’intérieur, tombera, en réalité, pour avoir voulu leur rester fidele.

Militant du MTLD, on l’a dit, et l’un des clandestins de l’Organisation spéciale (OS), Abane était en prison lorsque éclata l’insurrection du 1er Novembre. Mais des sa sortie, en 1955, il rejoignit évidemment le FLN où il joua très vite le rôle principal. L’organisation du Front, à ce moment-la, était encore embryonnaire. Il y avait des maquis en Kabylie, dans les Aurès ; dans d autres régions, ils commençaient de s’étendre. Mais le MNA de Messali Hadj existait aussi et une grande confusion renait dans beaucoup d’esprits. C est elle qu’Abane entreprit de faire cesser dès qu’il assuma, à Alger, des responsabilités politiques.

Je l’ai rencontré pour la première fois en 1955. Il savait le travail accompli par notre réseau et il me fit demander de le voir. Ce qui se fit par l’intermédiaire de H didouche, dans une maison de La Casbah. Nous eûmes alors une très longue conversation au cours de laquelle nous nous heurtâmes vivement.

Ma conception de la Révolution algérienne, telle que je la lui exposai, était claire : nous devions rallier au FLN le plus grand nombre possible d’Algériens, d’une part, et d autre part tenter d isoler la grosse colonisation de la masse des Européens d’Algérie qu’on pouvait, sinon gagner à notre cause, au moins neutraliser. Il convenait aussi de mener une action politique conséquente au Maghreb, puis en France et enfin dans le monde. Abane lui-même avait une autre thèse. Toute action auprès de la communauté européenne était, à ses yeux, inutile ; et non moins vains les efforts d’explication visant l’opinion française. Une seule chose comptait : le langage des armes. Nous nous rendîmes compte par la suite qu’il s agissait surtout, de part et d’autre, d’une différence d’accent. La lutte armée, pour moi, ne se suffisait pas à elle-même, mais elle était évidemment décisive. Et il était loin, quant a lui, de négliger la lutte politique. Ainsi naquit entre nous
une grande amitié qui ne cessa de s’approfondir : car nous travaillâmes de ce jour en liaison très étroite. Il fut, je l’ai dit, en collaboration avec moi, le grand organisateur du Congres de la Soummam. Et après le Congrès, je fus, sur sa proposition, adoptée à l’unanimité, le seul membre du CNRA à participer, à part entière, aux réunions du CCE. J’eus ainsi toute latitude d’observer comment cet homme, qu’on jugeait parfois, quand on le connaissait mal, autoritaire et cassant, était en réalité accessible à la discussion si l’on était capable d’en mener une.

Il n’est pas douteux, cependant, que son action à Alger lui avait valu une autorité considérable dont certains avaient fini par prendre ombrage. La question ne se posa guère tant que le CCE resta à Alger, la personnalité d’Abane s’imposant par la force des choses. Elle ne tarda pas à surgir quand cet organisme dirigeant du Front dut, traqué par les parachutistes, quitter le territoire national, en été 1957, pour s’installer en Tunisie. Cette installation même, en fait, fut obscurément la première source du conflit. Exigée par les circonstances, la  » sortie  » du CCE n’était vue par Abane que comme un pis-aller provisoire. Il fallait, pensait-il, revenir en Algérie le plus rapidement possible afin d’assumer, sur place, la direction du combat. Les premiers mois passés en Tunisie ne firent que renforcer, chez lui, cette conviction. Il ne tarda pas à constater, en effet, que la vie à l’extérieur pouvait mener facilement un dirigeant à se couper des réalités de la lutte et à perdre une vision saine des choses, quand elle ne le conduisait pas tout simplement à un mode de vie incompatible avec ses responsabilités.

Il ne manqua pas, dès lors, une occasion de le rappeler, et de fustiger publiquement l’attitude de certains responsables. Comme il ne mâchait pas ses mots, il indisposa rapidement ceux qu’il prenait pour cible. Mais son autorité était telle que nul n’osait l’affronter ouvertement. Arriva ainsi, un jour, où recevant plusieurs hauts responsables, il entra dans une violente colère, les menaçant de les dénoncer publiquement.  » Puis je rentrerai en Algérie, ajouta-t-il, pour mener la lutte au milieu des djounouds et des militants.  »

Abane, tous le savaient, était homme à le faire, et une véritable panique s’empara des intéressés. Nul doute qu’il n’en mesura pas l’ampleur : cette témérité et ce franc-parler allaient précipiter les choses. A quelque temps de la, en effet, des messages en provenance des services de liaison du FLN commencèrent à arriver du Maroc. Ils faisaient état de graves frictions entre le gouvernement marocain et les autorités locales du Front. On parlait de militants arrêtés, séquestrés, de stocks d’armes saisis, etc.

Au début, Abane n’y attacha pas une importance excessive, laissant à d’autres responsables le soin de régler des différends qu’il pensait mineurs. Mais, petit à petit, les télégrammes se firent plus pressants. La situation,disaient-ils, était devenue très grave. Seul le roi Mohamed V, désormais, pouvait régler le problème. Il y était disposé, mais il tenait à en discuter directement, au préalable, avec le principal dirigeant du FLN, Abane Ramdane. Krim, Boussouf et Ben Tobbal intervinrent alors :  » Tu dois te rendre à Rabat « , conseillèrent-ils à Abane.

Abane se laissa convaincre. Une date fut retenue. Quelques jours auparavant, Boussouf, responsable des liaisons, gagna le Maroc pour préparer l’arrivée de son compagnon. Et le 22 décembre 1957, Abane, accompagné de Krim Belkacem et de Mahmoud Cherif, tous deux membres du CCE, s’envolait, à son tour, via l Espagne.

Sur ce qui suivit, je dispose de trois versions principales. On verra qu’elles coïncident très largement quant aux faits essentiels et même à beaucoup de détails. Elles ne différent que sur quelques points, et surtout sur le partage des responsabilités entre les trois grands acteurs du drame : Belkacem Krim, Abdelhafid Boussouf et Lakhdar Ben Tobbal.

La première version est celle de Me Ahmed Boumendjel, à l’époque l’un des plus proches collaborateurs d’Abane, qui suivit le développement de la crise au sein du CCE et fit une enquête personnelle sur ce qui se passa au Maroc le 22 décembre 1957.

Apres la  » sortie  » du CCE à l’extérieur, confirme-t-il d’abord, Abane, effectivement, critiquait de façon ouverte et souvent très dure le comportement de Krim, Boussouf et Ben Tobbal. Ceux-ci avaient trop tendance, proclamait-il, a se considérer comme des chefs inamovibles devant échapper à tout contrôle, alors que leurs  » possibilités  » politiques eussent du les incliner à plus de modestie. Cela les amena à se trouver solidaires contre lui, surtout lorsque Abane les menaça de rentrer à l’intérieur pour les dénoncer auprès des combattants. De ce jour, ils commencèrent à se réunir sans lui et même sans qu’il fut informé. Ils cherchaient le moyen de diminuer son autorité et de l’isoler au sein des cercles dirigeants. Mais la personnalité d’Abane, son prestige et son autorité rendaient la chose presque impossible. C’est alors que le complot fut tramé. Les messages prétendument envoyés du Maroc étaient des faux fabriqués par les services de Boussouf. Les enlèvements de militants FLN par la police marocaine, les refus de transit d’armes et les autres difficultés qu’ils montaient en épingle finirent d’ailleurs par intriguer Boumendjel, alors adjoint d’Abane au département de l’information.

Pour en avoir le cœur net, il rendit visite à son ami Alami, alors ambassadeur du Maroc à Tunis, et lui dit sa surprise du comportement attribué aux autorités marocaines. Alami tomba des nues :
– Je n’ai connaissance d’aucun fait de cet ordre, lui affirma-t-il catégoriquement. – Pourrait-tu en demander confirmation ? suggéra, pour plus de sureté, Boumendjel.

Alami adressa un télex a Rabat et reçut immédiatement un démenti formel des plus hautes autorités marocaines. Boumendjel, de plus en plus méfiant, fit part de ses craintes à Abane. Mais les services de Boussouf continuant à adresser au CCE des messages de plus en plus pressants, parlant d’une situation aggravée et réclamant l’intervention directe d’Abane, celui-ci, pour éclaircir l’affaire, finit par décider de partir quand même pour le Maroc. Il pensait que, peut-être grossis, les incidents signalés par les télégrammes pouvaient avoir un fond de vérité, même si les autorités marocaines les démentaient officiellement.

Comme il commençait, néanmoins, à perdre un peu confiance en ses trois collègues du CCE, il convint avec un de ses amis demeuré à Tunis, R. G., de lui envoyer un message à l’escale de Madrid si quelque chose lui semblait anormal.

De fait, un message de Madrid parvint à R. G. : selon le code convenu, il signalait des  » choses bizarres  » remarquées par Abane avant même qu’il fut parvenu à destination.

Quelques heures plus tard, l’avion atterrissait au Maroc. Aussitôt Boussouf, qui l’attendait, mit à exécution la décision prise en commun avec Krim et Ben Tobbal : Abane, conduit dans une villa, y fut étranglé par des hommes de main J’ai demande à Belkacem Krim ce qu’il pouvait répondre à ces accusations. Et voici, très fidèlement rapportée, la version des faits qu’il m’a donnée :
Abane, dit-il, faisait un  » travail fractionnel  » et tentait de dresser aussi bien les maquisards que les militants contre les autres membres du CCE. Plusieurs démarches furent faites auprès de lui pour le convaincre de modifier son attitude. En vain : on constata qu’Abane, loin de se modérer, persistait dans la même voie en aggravant ses attaques. Nous décidâmes alors – continue Krim – Ben Tobbal, Boussouf, Mahmoud Cherif, Ouamrane et moi-même, de le mettre en état d’arrestation en vue de le juger par la suite. Cette décision, ai-je demandé, a-t-elle été prise au cours d une réunion
régulière du CCE, en présence des autres membres de cet organisme ?

Non, m’a répondu Krim. Ni Ferhat Abbas, ni Ben Khedda, ni Saad Dahlab, ni Mehri n’ont été tenus au courant. A l’aérodrome, raconte donc Krim, Boussouf nous accueillit avec quelques-uns de ses hommes et, tout aussitôt, me prit par le bras pour m’entrainer à part un bref instant. A brule-pourpoint, il me dit :  » Il n y a pas de prison assez sure pour garder Abane. J’ai décidé sa liquidation physique.  »

Indigne, je refusai, répliquant que ce serait un crime auquel je ne m’associerai jamais. Puis, sur l’aérodrome même, j’informai Mahmoud Cherif qui, bouleversé, eut la même réaction que moi.
Boussouf, selon Krim, était terriblement surexcité. Il avait les yeux hagards et ses mains tremblaient : nous ne pouvons plus parler ici, dit-il, nous reprendrons cette discussion plus tard.
Tous s’engouffrèrent dans les voitures qui les attendaient. Celles-ci roulèrent assez longuement, avant de pénétrer dans la cour d’une ferme isolée. Abane, Boussouf, Krim, Mahmoud Cherif et leurs compagnons descendirent, pénétrèrent dans le bâtiment.

Arrivés dans la première pièce, un groupe d’hommes les attendait. Sitôt Abane entré, ils se jettent sur lui à six ou sept et le ceinturent. L’un d’eux lui presse de son poignet la pomme d Adam, dans une prise souvent baptisée  » coup dur « . Ils l’entrainent dans une seconde pièce dont la porte est aussitôt refermée.

Voyant cela, assure Krim, j’eus un mouvement pour aller au secours d’Abane. Mais Mahmoud Cherif m’arrêta et me prit par le bras en disant à voix basse :  » Si tu bouges, nous y passerons tous.  »
Krim n’avait pas d’arme. Mahmoud Cherif non plus. Mais celui-ci mit la maindans la poche de son veston, pour donner le change aux autres hommes de Boussouf présents dans la pièce. De la pièce voisine montaient les râles d’Abane, qu’on étranglait. Puis le silence se fit. Boussouf revint brusquement et, raconte toujours Krim,  » il avait à ce moment-la la tête d’un monstre « . Il se mit a proférer des injures et des menaces indirectes contre tous ceux qui voudraient agir un jour comme l’avait fait Abane. Il allait et venait d’un pas rapide, saccade, et Krim eut la certitude qu’il se demandait s’il n’allait pas les liquider eux aussi sur-le-champ. Au bout d’un moment, néanmoins, Boussouf se calma un peu et donna l’ordre de repartir. Tous reprirent place dans les voitures, qui partirent en direction de Tetouan. Mais elles ne tardèrent pas à s’arrêter prés d’une autre villa du FLN, déserte, comme si, à la dernière minute, Boussouf hésitait encore sur le sort à réserver à Krim et à Mahmoud Cherif. A l’intérieur, toujours fébrile, il se remit à arpenter la pièce en grognant des menaces. Et chaque fois qu’il arrivait devant Krim, il le regardait longuement avant de
reprendre sa marche. Finalement, le cortège des voitures repartit à nouveau pour retourner, cette fois, à l’aérodrome, où l’avion était prêt au décollage. Avant d’embarquer, assure Krim, lui-même et Mahmoud Cherif condamnèrent à nouveau le crime de Boussouf, lui disant qu’il en porterait seul la responsabilité. Des leur arrivée à Tunis, les deux hommes informèrent Ben Tobbal, qui cria, lui
aussi, son indignation. Tous trois, néanmoins, décidèrent de garder provisoirement le silence. Bien entendu, cela ne tarda pas à les mettre dans une situation délicate. Tout le monde, à commencer par leurs autres collègues du CCE, réclamait en effet des nouvelles d’Abane. Krim, Ben Tobbal, et Boussouf, rentres un peu plus tard du Maroc, décidèrent de répondre qu’il poursuivait une mission délicate au Maroc.

Cela dura plusieurs mois : jusqu’au jour où les trois hommes annoncèrent que leur compagnon, pris dans un engagement au cours d’une inspection en Algérie, avait été tué. Tel est le récit de Krim. Sur les faits essentiels, on le voit, il confirme entièrement la version d Ahmed Boumendjel. Une seule différence : selon Krim, il avait été décidé seulement d’emprisonner Abane, non de le tuer.
Mais nul ne peut contester le caractère tout a fait illégal de cette décision ni l’organisation du guet-apens. Sur ce point, je dispose de précisions fournies par un collaborateur direct de Boussouf : Boussouf, dit-il, ‘ informa un jour, en présence de trois de ses collaborateurs personnels, que la décision de tuer Abane avait été prise par Krim, Ben Tobbal, Mahmoud Cherif, Ouamrane et lui-même. Et il nous montra un document en ce sens, portant la signature de ces cinq hommes.

Mais mon interlocuteur précise que rien ne permet d’affirmer l’authenticité de ce document, montre très rapidement par Boussouf et que personne d’autre n’a eu entre les mains. Il ajoute qu’à l’arrivée au Maroc Boussouf était accompagné à l’aérodrome par Abdeljlil Maachou, alors responsable du Maroc oriental. Mais rien n’autorise à dire qu’il était au courant de l’opération. Quant au commando de tueurs, à l’intérieur de la ferme, il était dirigé par un homme de Boussouf, nomme H. P. Mais il est possible que celui-ci, comme les autres  » exécuteurs « , ait ignoré qu’il avait affaire à Abane.

A titre personnel, néanmoins, mon interlocuteur pense que jamais Boussouf n’aurait pris seul L’initiative d’un tel acte, s’il n’avait eu l’accord formel, au moins de Krim et Ben Tobbal. Et c’est aussi l’avis d Ahmed Boumendjel.

Il est vrai, ‘ autre part, qu’à plusieurs reprises Ben Tobbal à reconnu avoir participé à la décision d’emprisonner Abane mais en ajoutant que, ni de prés ni de loin, il n’avait envisagé de le tuer : n’ayant appris le crime qu’au retour du Maroc de Belkacem Krim et de Mahmoud Cherif. Ouamrane enfin, que j ai questionné moi-même a Tunis, des ma sortie de prison, m’a donné une version identique : consulté sur le projet d’emprisonnement d’Abane, il avait donné son accord mais il laissait à d’autres l’entière responsabilité du crime. Il me fit même un rapport écrit à ce sujet.

Il importe cependant de ne pas se laisser égarer. Quelle que soit l’atrocitédu crime, le pas décisif a été accompli non lorsque les mains d’un tueur borné se sont refermées sur le cou d’Abane, mais lorsque ses compagnons l’ont attiré dans un guet-apens. Que quatre ou cinq membres du CCE, hors de toute réunion de cet organisme, sans que l’intéressé ait eu la moindre possibilité de s’expliquer, aient  » décidé « , à titre personnel, ne fut-ce que l’emprisonnement d’un de leurs pairs, voila le scandale majeur et le crime essentiel.

Or, aucun des cinq responsables ne nie le fait. Il y a plus : si seul Boussouf s’était rendu coupable du meurtre, pourquoi les autres ne l’ont-ils pas mis en accusation devant le CCE et le CNRA ?
Au lieu de cela, les uns et les autres n’ont eu qu’un seul souci : dissimuler le forfait. A chaque réunion du CCE, pendant des mois, les membres non informés de cet organisme, et notamment Ferhat Abbas, relevaient avec stupéfaction l’absence d’Abane et demandaient de ses nouvelles. Chaque fois Krim, Boussouf et Ben Tobbal multipliaient les apaisements, c’est-à-dire les mensonges. Cela, jusqu’à l’aveu final de la mort, masqué par un dernier mensonge.

Une autre conséquence doit être soulignée. C’est de l’assassinat d’Abane que date le pouvoir de fait, au sein du CCE puis du GPRA, du triumvirat Krim,Boussouf, Ben Tobbal.

C’est de ce moment aussi que date, si l’on ose dire, leur seule volonté commune : celle de ne laisser aucun d’eux prendre le pas sur les deux autres. Lorsque se posa la question de la présidence du GPRA, Ferhat Abbas, puis Ben Khedda ne furent désignes qu’à la faveur de cette méfiance réciproque des membres du triumvirat. Krim, normalement, fut devenu président. Mais ni Boussouf ni Ben Tobbal ne pouvaient l’accepter. Ainsi se trouvèrent-ils lies par l’acte qu’ils venaient d’accomplir ou, pour certains peut-être, de tolérer. Et cet aspect politique de l’affaire n’est pas moins grave. Si j’ai choisi aujourd’hui, après mure réflexion, de la soulever, ce n’est pas pour m’ériger en justicier ni pour faire œuvre de vengeance. Bien des pages dramatiques de la Révolution algérienne ont été tournées et celle-ci le sera aussi. Mais elle doit l’être en connaissance de cause. Les militants, les combattants ont droit à la vérité. En la publiant, je rends d’abord hommage à la mémoire d Abane, dont je fus, aux heures tragiques, l’un des compagnons les plus proches. Je veux contribuer ensuite, et surtout, à débarrasser nos murs politiques de pratiques qui ont fait trop de mal.


Extrait de Vérités sur la Révolution algérienne, paru en 1986 aux Editions
Gallimard

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L’apport de Ramdane Abbane à la Révolution

Benyoucef Ben Khedda La tribune/ Mercredi 18 Août 1999

Abbane Ramdane a toujours constitué une énigme dans notre histoire nationale : plus particulièrement celle de la guerre de libération.
Cette particularité est due au caractère exceptionnel de cet homme qui a su marquer la révolution. Elle est due aussi à la manière avec laquelle les gardiens de la mémoire officielle ont orienté l’écriture de cette page de notre histoire. Beaucoup de choses n’ont pas encore été dites sur la période 1954-62; des zones d’ombre subsistent et menacent à chaque fois cette mémoire officielle de s’écrouler. C’est ainsi : les totems finissent toujours par tomber et le temps en est le plus grand ennemi. Mais cette chute n’est pas sans danger si notre histoire n’est pas assumée dans la sérénité et par le débat démocratique. Sans préjugés ni a priori.L’affaire Abane, qui nous hante depuis l’indépendance, a rejailli cette fois-ci à la faveur de la publication des Mémoires de Ali Kafi. Les passages qu’il a consacrés dans son livre à Abane Ramdane ont soulevé un tollé général dont nous espérons qu’il se traduise en un débat fécond sur la guerrede libération et les tragédies qui l’ont accompagnées. La réponse de Benyoucef Benkhedda aux écrits de Kafi sont à ce titre fort louables et permettent de mieux saisir la personnalité exceptionnelle de celui qui fut l’un des grands stratèges de larévolution.

La Tribune

Chaque année la date du 20 août vient nous rappeler l’un des moments-charnières de notre guerre de libération: le Congrès de la Soummam, c’est-à-dire les premières assises de la jeune révolution
algérienne, en 1956. Un tel événement-fondateur a imprimé à l’histoire de notre lutte un tournant majeur par la plate-forme qui en est issue et qui trace les contours de l’édifice institutionnel de la Révolution. On y retrouve, explicités, les trois éléments clés qui identifient la nature du mouvement de libération et sous-tendent sa cohérence idéologique et politique : une légitimité révolutionnaire articulée sur un programme et une stratégie structurée; un statut organique définissant les rouages de la Révolution et leur mode de fonctionnement; une direction unique et homogène.Le nom du Congrès de la Soummam reste intimement lié à celui d’un personnage d’une trempe peu commune: Ramdane Abbane. Homme de conviction et de caractère, il a été l’un des principaux promoteurs de l’idée de ce Congrès, comme il a été à la fois l’inspirateur avisé de ses orientations et l’artisan déterminé de sa préparation et de son succès.

Un homme de passion

Tout autant, le souvenir de Abbane demeure également associé à une autre ‘uvre maîtresse pour la réussite de laquelle il s’est dépensé avec passion: la promotion de la Zone autonome d’Alger -la fameuse ZAA- en un fer de lance d’une redoutable efficacité. C’est sous ses auspices, en effet, que l’organisation FLN/ALN d’Alger a pris un essor fulgurant. Si elle s’est transformée en vitrine éloquente de la Révolution en marche, l’élan incisif qu’il a su lui communiquer y est certainement pour beaucoup.Abbane n’avait de cesse de hisser Alger au rang de capitale de l’Algérie en armes. Avec l’installation en septembre 1956 de l’Exécutif suprême du FLN dans cette agglomération, il trouva en Ben M’hidi le compagnon idéal qui nourrissait des ambitions identiques. Ensemble désormais, ils s’acharneront à mettre Alger au diapason d’une ville symbole d’une fière citadelle où se développait dans le vacarme des bombes, l’expérience inédite des maquis urbains. Le triumvirat que nous formions alors avait reçu du CCE mandat de superviser l’organisation algéroise. A leurs côtés, et tout en y contribuant de mon mieux, j’ai pu apprécier combien leur rôle avait été déterminant pour insuffler une âme au combat de la ZAA.

En améliorant et en renforçant les capacités de ses deux branches, politique et militaire, en l’impliquant chaque jour davantage dans une confrontation exacerbée avec l’ennemi, ils ont permis à la Zone autonome de conquérir ses lettres de noblesse. En peu de temps, ils ont réussi à faire de cet appareil révolutionnaire de premier ordre, un outil offensif doté d’une force d’impact considérable. Les deux chapitres qui suivent, consacrés successivement au Congrès de la Soummam et à la Zone autonome d’Alger, font partie d’un livre en chantier devant paraître prochainement (plaise à Dieu). Je profite de l’occasion du 20 août pour en livrer la première mouture et apporter ensuite mon témoignage sur le personnage Abbane, l’un des plus grands acteurs de l’histoire du mouvement national. Un événement ne saurait être saisi et compris que s’il est replacé dans son contexte historique . a) Le contexte historique En Algérie: On sait que l’insurrection algérienne a été déclenchée par les éléments du CRUA (Comité révolutionnaire pour l’unité et l’action), tous issus de l’OS (Organisation Spéciale) branche armée du PPA-MTLD, à la suite de l’éclatement de la direction de ce parti en deux factions: Comité central et Messali.La direction du Mouvement national révolutionnaire assurée jusque-là par le Comité central du PPA-MTLD passe alors aux «6» du CRUA qui sort au grand jour le 1er Novembre 1954 sous le sigle du FLN (Front de libération nationale).Le partage des responsabilités entre les «6» , après la réunion du 23 octobre 1954 à Bologhine
(ex-Saint-Eugène), s’était fait ainsi :Zone 1, Aurès-Némencha, Mustapha Ben Boulaïd,Zone 2, Nord-constantinois, Mourad Didouche,Zone 3, Kabylie, Belkacem Krim,Zone 4, Algérois, Rabah Bitat,Zone 5,
Oranie, Mohammed-Larbi Ben M’hidi. (Les zones seront remplacées par les wilayate après le Congrès de la Soummam).Boudiaf, quant à lui, désigné «coordonnateur» par ses pairs, s’envole pour Le Caire porteur de la Proclamation du 1er Novembre 1954 qui sera lue sur les ondes de Sawt-El-Arab, la Radio du Caire, dans la nuit du 31 octobre au 1er Novembre 1954. Ben Bella, Aït Ahmed et Khider, établis déjà depuis deux ou trois ans dans la capitale égyptienne où ils représentaient la délégation extérieure du PPA-MTLD avaient entre-temps opté pour le CRUA et avec les «6» ils constituaient à «9» la première direction du FLN.Avant de se séparer à Bologhine, les «6» s’étaient donné rendez-vous à la mi-janvier 1955, semble-t-il, pour une évaluation de la situation ; les événements surgis de la guerre ne leur permirent pas de se rencontrer.Didouche meurt le 12 janvier 1955 dans un combat face à l’ennemi. Ben Boulaïd est arrêté le 12 février 1955 à la frontière tuniso-libyenne, alors qu’il se rendait au Caire pour hâter l’entrée des armes promises.Boudiaf et Ben M’hidi se déplacent entre le Maroc et l’Egypte en vue de prospecter le marché des armes et
organiser leur envoi en Algérie.Abbane, libéré en janvier 1955 après 5 ans de détention, regagne son village natal de Azzouza en Kabylie.

Là, il est contacté par Krim et Ouamrane.Bitat est arrêté le 23 mars 1955. Ouamrane prend la relève à la tête de la zone IV et confie, en accord avec Krim, la responsabilité d’Alger à Abbane.Une «direction» de fait s’impose avec Abbane, qui en devient l’âme, Krim, chef de la zone de la Kabylie et Ouamrane, chef de l’Algérois ; Ben Khedda est l’un des assistants de Abbane au début de 1956.Abbane impulse à cette direction un souffle nouveau ; elle devient la véritable direction nationale de l’Algérie, un centre de coordination entre les chefs de l’intérieur et entre ces derniers et ceux de l’extérieur.

Une mobilisation considérable

Abbane la transforme en plaque tournante du FLN, vitrine de la lutte pour l’indépendance. Par les tracts qu’il rédige, il lance des mots d’ordre et des proclamations qui ont des répercussions au-delà des frontières. Sa devise était : «La libération de l’Algérie sera l’oeuvre de tous les Algériens, et non pas celle d’une fraction du peuple algérien quelle que soit son importance.» Autour de lui se forme une équipe qui réalise un travail de mobilisation et de propagande considérable aussi bien en direction de la population musulmane qu’envers les libéraux et les progressistes de la population européenne.Vis-à-vis de la population musulmane, il déclenche une dynamique d’union nationale qui se solde entre l’automne 1955 et le printemps 1956 par l’adhésion au FLN des membres du Comité central du PPA-MTLD et de leurs partisans (les «centralistes») , de l’UDMA de Ferhat Abbas, de l’Association des Ulémas de Bachir Brahimi, ce qui élargit les assises du Front, son champ d’intervention et isole les messalistes avant de les marginaliser totalement sur le territoire national ; cependant, ils restaient majoritaires en France où une lutte sanglante et meurtrière était engagée entre leur parti : le MNA et le FLN ; l’enjeu en est l’émigration algérienne forte de 300 000 âmes, d’où ils envoient fonds et instructions à leurs maquis encore actifs à Alger-ville, en Kabylie et dans le Sud du pays. Le PCA (Parti communiste algérien) a éclaté à cause de sa composition mixte formée d’Européens et d’Algériens et de sa sujétion au PCF (Parti communiste français) allié au parti socialiste de la SFIO de Guy Mollet au sein du Front républicain qui accédera au gouvernement en mars 1956.Alger servira de base logistique non seulement à l’Algérois et à la Kabylie toute proche, mais à toute l’Algérie : médicaments, argent, effets militaires y sont collectés et acheminés dans toutes les régions sans distinction.On assiste alors à une accélération de l’intégration des catégories socioprofessionnelles : juillet 1955, création de l’UGEMA, 24 février 1956, création de l’UGTA qui vient remplir le vide laissé par la CGT (Confédération générale des
travailleurs) d’obédience CGT française, l’UGCA (Union générale des commerçants), 19 mai 1956, appel à la grève des étudiants lancée par l’UGEMA qui mobilise la jeunesse des lycées et de l’université contribuant ainsi à enrichir le maquis.Les étudiants et les quelques intellectuels qui avaient adhéré au Front posaient déjà des questions d’ordre idéologique : nature de l’Etat algérien indépendant, réforme agraire, problèmes sociaux et économiques, stratégie de la guerre, etc.En dehors des tracts et des communiqués paraissant occasionnellement, le FLN ne disposait pas encore d’un journal pour propager ses idées, s’affirmer sur le plan public, faire connaître son point de vue sur les événements, relater les exploits de l’ALN, dénoncer les massacres et les tortures de la police et de l’armée françaises.Abbane créa d’abord une commission dont le résultat se traduira par l’élaboration du «Projet de la Plate-forme de la Soummam».En juin 1956, paraît El Moujahid, organe central du FLN, entièrement composé, tiré et diffusé par des militants d’Alger. Il sera diffusé non seulement en Algérie, mais parmi l’émigration algérienne en France, en Tunisie, au Maroc et au Caire. Il fera connaître les positions officielles du FLN dont il augmentera considérablement l’audience.Vient s’ajouter à cette dimension médiatique, Kassamene, l’hymne du grand poète nationaliste Moufdi Zakaria, qui va galvaniser les moudjahidine et le peuple dans le combat pour l’indépendance.A Alger commencent à défiler alors les journalistes internationaux pour leur reportage aussi bien en ville que dans les maquis.Parallèlement, se poursuivait, grâce à un noyau de militants d’Alger l’encadrement de la population, dans une structure spécifique : la Zone autonome d’Alger avec ses deux volets : politique et militaire. Mais l’obstacle majeur dans la lutte pour l’indépendance demeure la minorité européenne forte d’un million d’habitants sur les 10 que comptait alors le pays , ce qui avait fait de l’Algérie une colonie de peuplement « l’Algérie française » dont ils détenaient les rênes du pouvoir. La Révolution grandissante inquiète ce bloc raciste et colonialiste qui commence à se fissurer.

Des individus et des groupuscules appartenant aux trois confessions catholique, protestante et juive (catholique surtout), émus par les massacres de civils musulmans, prennent position contre la répression. Cependant, la grande majorité reste fidèle à l’armée et au gouvernement de Paris.En FranceEn France, l’Algérie est devenue la première préoccupation du gouvernement et de l’opinion publique.En mars 1956, le Front républicain socialo-communiste a remporté les élections législatives et Guy Mollet, chef de la SFIO, est porté au pouvoir. Grâce aux «pouvoirs spéciaux» votés par la nouvelle Assemblée, le gouvernement de gauche augmente le potentiel répressif de son armée. De 200 000 hommes en 1956, l’effectif de cette dernière va être doublé et porté à 400 000. En même temps, Guy Mollet lance son triptyque : cessez-le-feu, élections, négociations. Son idée était d’obtenir la reddition de l’ALN. Après quoi, il organiserait des élections en vue de dégager des «élus» avec lesquels il «négocierait». Un moyen d’imposer une solution militaire. Pour le FLN, il n’y avait pas d’autres perspectives que la guerre.Les maquis avaient fini par faire leur jonction. Cependant des conflits frontaliers éclataient à l’exemple de celui de la zone II s’opposant à la base de l’Est pour le contrôle de la bande frontalière de Tunisie.Dépassements, encadrement déficient, structures différentes d’une zone à l’autre caractérisaient l’ALN. Son extension dépendait étroitement de l’armement et les promesses faites de l’extérieur ne se réalisaient pas. C’est en se rendant au Caire que Ben Boulaïd fut arrêté à la frontière tuniso-libyenne, et c’est pour armer les djounoud que Zighoud Youcef lança sa fameuse opération du 20 août 1955.A l’ONU, lors de la session de 1955, les délégués arabes ont tenté d’inscrire la «Question algérienne» à l’ordre du jour. Elle fut rejetée par la majorité acquise à la France et ses alliés.L’attitude des gouvernements arabes, bien que favorable à l’Algérie, particulièrement de celui de l’Egypte, est sujette à des fluctuations sous la pression de la France qui monnaie son aide économique et financière. Le porte-parole du FLN à la radio Sawt el Arab Abderrahmane Kiouane, libre jusque-là dans ses interventions, est censuré. Le danger est grand de voir la Révolution algérienne instrumentalisée par Djamel Abd-Ennasser qui jouit d’un immense prestige auprès des masses arabes du Golfe à l’Atlantique et dont il ambitionne le leadership.Le colonel Fethi Dhib, l’un des responsables des services spéciaux du Raïs, man’uvre dans ses rapports avec les membres de la délégation extérieure où il privilégie Ben Bella. Un gros problème se posait à la direction du FLN partagée entre Alger et Le Caire, celui des positions officielles sur telle ou telle question pesant sur le cours de la Révolution: ainsi l’ouverture des négociations qui pouvaient ébranler la cohésion politique du FLN et semer la division, cette maladie mortelle des révolutions. Jusqu’ici, l’identité de formation des dirigeants tous issus du même parti : le PPA-MTLD, avait empêché l’éclatement. Mais le danger pouvait survenir devant les initiatives de la France.

L’absence d’une direction nationale

Déjà des dissonances apparaissaient entre Abbane qui affirmait : «Pas de négociations sans la reconnaissance préalable par la France de l’indépendance algérienne», alors que de son côté Khider au Caire parlait d’«Assemblée nationale constituante».La France ne se privait pas d’exploiter ces contradictions. Et quand les journalistes posaient aux officiels français la question des égociations», ceux-ci répondaient invariablement «Avec qui?», se contentant de parler de «fait national algérien», de «table ronde» destinée en réalité à noyer le FLN dans un ensemble de partis sans
représentativité : MNA, PCA et autres formations et personnalités musulmanes et européennes. S’il existait des commandements à l’échelle zonale, si au Caire la délégation extérieure assurait avec
plus ou mois d’efficacité la représentation du FLN, par contre, il n’existait pas une direction centrale coordonnant les activités du FLN, politiques et militaires, nationales et internationales, obéie de tous, constituant une autorité en mesure de se poser en interlocuteur valable vis-à-vis de l’adversaire, porte-parole de la Révolution et du peuple algérien.A un moment donné il fut question d’une direction de «12» membres: 6 de l’intérieur (Ben Boulaïd, Zighoud, Krim, Bitat, Abbane, Ouamrane) et 6 de l’extérieur (Ben M’hidi, Ben Bella, Aït Ahmed, Khider, Debbaghine, Boudiaf).Un des sujets de discorde, qui ne cessait de tendre les rapports entre Alger et Le Caire, c’était les éléments envoyés d’Alger pour représenter le FLN sur la scène
internationale et qui étaient contestés par ceux du Caire :

Debbaghine, Ferhat Abbas, Kiouane, Tewfik El Madani.Cependant, dans chacune de ces lettres au Caire, Abbane revient à la charge sur la question des armes où il parle de «carence». C’est pour tenter de régler tous ces problèmes politiques, militaires et autres et désigner la direction officielle du FLN absente de la scène politique depuis 2 ans qu’Abbane finit par prendre l’initiative de s’adresser aux chefs de maquis en vue d’une rencontre. Il avait déjà l’accord de Krim (Kabylie), Ouamrane (Algérois); il n’arrive pas à joindre Ben Boulaïd, évadé de la prison de Constantine depuis novembre 1955 et dont il était sans nouvelles. A Youcef Zighoud (Nord Constantinois) il délègue Saâd Dahlab pour en savoir davantage ; et c’est ainsi que le futur négociateur d’Evian inaugure son activité «diplomatique» au FLN. Concernant la réunion des chefs du FLN, il y avait identité de vue entre Zighoud et Abbane. Les éléments qui étaient à l’extérieur sont également touchés par ce dernier: Aït Ahmed, Ben Bella, Ben M’hidi, Boudiaf. Seul Ben M’hidi qui avait déjà pris la décision de rentrer le fera et sera à Alger en mai 1956. On ne connaît pas exactement les motifs pour lesquels les autres membres qui étaient à l’extérieur n’ont pas suivi l’exemple de Ben M’hidi. b) Les décisions du Congrès CNRA et CCE

Le Congrès se réunit à Ifri-Ighzer Amokrane, sur la rive gauche de la Soummam, à quelques kilomètres d’Akbou, le 20 août 1956. Le procès-verbal de la première séance donne la liste des présents. «Les membres présents étaient :- BEN M’HIDI, représentant de l’Oranie (président de Séance),- ABBANE, représentant le FLN (secrétaire de séance),- OUAMRANE, représentant de l’Algérois,- KRIM, représentant de la Kabylie,- ZIROUd, représentant du Nord constantinois,- BENTOBBAL, adjoint de Zirout.Membres absents :- BEN BOULAID, représentant des Aurès-Nemenchas,- SI CHERIF, représentant du Sud (excusé après avoir adressé son rapport à la réunion).» 1Comme on le voit, le Congrès se réduit à six membres. En dehors des séances, chacun se retrouvait avec d’autres éléments de sa zone : Ali Kafi, Mostefa Ben Aouda et Brahim Mezhoudi avec Zighoud et Ben Tobbal ; Saïd Mohammedi et Aït Hamouda Amirouche avec Krim (zone III) ; Déhilès, Si M’hammed Bouguerra et Ali Mellah (Si Chérif) avec Ouamrane (zone IV). Chaque chef de zone présenta un état de la situation : effectif des moudjahidine, armement état d’esprit des combattants et de la population.Le Congrès procéda à la désignation des organes de direction de la Révolution : -CNRA (Conseil national de la Révolution algérienne) et – CCE (Comité de coordination et d’exécution). Le CNRA, direction suprême, joue le rôle de parlement du FLN : Assemblée législative, symbole de la souveraineté nationale, elle prend les décisions d’orientation politique, militaire, économique et sociale.

Elle désigne l’exécutif: le CCE. Le CNRA engage des négociations avec l’adversaire, se prononce sur la guerre et la paix. Le CNRA désigné par le Congrès de la Soummam se composait de 34 membres: 17
titulaires et 17 suppléants (voir tableau ci-dessous).Le problème crucial de l’armement revenait sans cesse dans les débats et le bilan de la délégation extérieure fut jugé négatif. Le Congrès se résolut à la seule décision révolutionnaire : prendre les armes là où elles étaient, c’est-à-dire chez l’ennemi.Des décisions importantes furent prises concernant l’ALN: limites territoriales des wilayate, hiérarchisation, organisation en unités depuis le demi-groupe composé de 4 combattants dirigés par un caporal jusqu’au bataillon qui compte 350 combattants dirigés par le colonel de la wilaya.En vue d’humaniser la guerre, furent strictement interdits l’égorgement, l’exécution des prisonniers de guerre, la mutilation des cadavres. Deux principes fondamentaux furent votés : primauté du politique sur le militaire et primauté de l’intérieur sur l’extérieur.

La plate-forme de la Soummam La plate-forme de la Soummam analyse la situation politique 20 mois après le déclenchement de l’insurrection, fixe les objectifs à atteindre et les moyens d’y parvenir. En outre, elle pose le problème des négociations et les conditions de cessez-le-feu qui serviront de base, cinq ans plus tard, aux négociateurs d’Evian :

II) Cessez-le-feu
Conditions :
a) politiques :

1°) – Reconnaissance de la nation algérienne indivisible.Cette clause est destinée à faire disparaître la fiction colonialiste de «l’Algérie française».
2°) – Reconnaissance de l’Indépendance de l’Algérie et de sa souveraineté dans tous les domaines, jusque et y compris la défense nationale et la diplomatie.3- Libération de tous les Algériens et Algériennes emprisonnés, internés ou exilés en raison de leur activité patriotique avant et après l’insurrection nationale du 1er Novembre 1954.4- Reconnaissance du FLN comme seule organisation représentant le peuple algérien et seule habilitée en vue de toute négociation. En contre-partie le FLN est garant et responsable du cessez-le-feu au nom du peuple algérien.

b) militaires :Les conditions militaires seront précisées ultérieurement.(Extrait de la Plate-forme du Congrès de la Soummam.)Contre la propagande de la France qui accusait le FLN d’être au service d’une puissance étrangère, la Plate-forme de la Soummam est catégorique : «La Révolution algérienne est un combat patriotique dont la base est incontestablement de caractère national, politique et social. Elle n’est inféodée ni au Caire, ni à Londres, ni à Moscou, ni à Washington». L’allusion au «Caire» déplut fortement à Fethi Dhib et bien sûr à Abd-Ennasser qui voulait se faire passer pour le «tuteur de la Révolution algérienne». Certes il n’y a pas eu de doctrine mais un effort pour combler le vide idéologique et politique existant : ce n’était qu’une plate-forme. Elle ne pouvait que fixer les objectifs stratégiques de la guerre et les moyens d’y parvenir, notamment les conditions du cessez-le-feu. Son mérite aura été d’avoir fourni aux militants et aux cadres du FLN, à l’extérieur comme à l’intérieur, des repères d’orientation clairs et précis pour la poursuite du combat.

Le principe de la nation algérienne, partie intégrante du Maghreb arabe, fut solennellement rappelé.Vis-à-vis de la minorité européenne le droit d’opter pour la nationalité algérienne fut reconnu à titre individuel et sur demande de l’intéressé. Ce qui a honoré la Révolution algérienne, c’est qu’il n’y a jamais eu de pogrom anti-juif. Le boycott des commerçants juifs fomenté par des provocateurs dès le début de la Révolution fut étouffé dans l’oeuf par le FLN. Pas de profanation de synagogues, ni d’églises, ni de temples protestants au cours des 7 années et demi de guerre, malgré la participation active de la majorité d’entre eux à la répression. La Plate-Forme de la Soummam a fait connaître au monde le visage d’une Algérie luttant pour une cause juste, dépourvue de chauvinisme et de haine raciale, ouverte à tous ses habitants, y compris aux non-musulmans, tournée vers l’avenir.

Les insuffisances du Congrès

Il y a eu d’abord les absences : celle de la wilaya des Aurès-Némencha et celle du chef de la base de l’Est, Amara Bouglez, qui alimenteront l’opposition au Congrès. Boussouf, l’adjoint de Ben
M’hidi à la tête de la Wilaya V et qui en assurait l’intérim, reprocha à Ben M’hidi d’avoir engagé la wilaya sur des questions impliquant l’avenir du pays, alors qu’il aurait été délégué uniquement pour «des questions d’ordre organique et de coordination».Ben Bella contestera la présence de «certaines personnalités» au CNRA («centralistes», UDMA, les Ulémas), la primauté de l’intérieur sur l’extérieur et la primauté du politique sur le militaire. Cet avis fut partagé par d’autres membres de la délégation extérieure. L’évaluation précise de la situation militaire n’a pas été faite. L’on se contenta de dresser le bilan de chaque wilaya en armes, hommes, finances, sans étude de l’ensemble des forces en présence, algériennes et françaises, d’étudier le problème de la guérilla et son évolution. La grande préoccupation des maquisards et du Congrès était de se procurer des armes et d’étendre le conflit à tout le territoire. On était à la veille d’une guerre d’extermination. L’élaboration d’une stratégie militaire dans ces conditions était impossible ; les congressistes n’avaient pas une vision claire des étapes à parcourir. On ne pouvait exiger de ces maquisards poursuivis à mort par l’armada française et la multitude de ses services de renseignements et d’espionnage d’accomplir des prouesses. Leur mérite a été de se réunir en pleine
guerre, au milieu de mille dangers, et d’avoir fondé une légalité révolutionnaire qui durera jusqu’à l’indépendance et qui servira par la suite de fondement aux institutions de l’Etat algérien. Et le rôle de Abbane a été là, il faut le reconnaître, prédominant.

Le Congrès a doté la Révolution d’une autorité nationale: le CNRA et d’un organe suprême d’exécution: le CCE. Ce ne sont pas les congressistes de la Soummam qui ont étudié et adopté le texte de la «Plate-forme de la Soummam». Il en confièrent la tâche au CCE. Celui-ci lui consacra plusieurs séances à Alger et procéda à sa publication le 1er novembre 1956 non sans avoir envoyé un exemplaire du procès-verbal à la Délégation extérieure du FLN.L’éventualité du «gouvernement provisoire» fut laissée à l’initiative du CCE.

Lorsque le Congrès de la Soummam définit à Alger le statut de «Zone autonome» il tient compte de sa situation spécifique : zone du fait de son exiguïté territoriale, wilaya à part entière de par son potentiel humain, la qualité de ses cadres et les objectifs qui lui étaient assignés par la Révolution. Sur 700 000 habitants que comptait le Grand-Alger, plus de la moitié était d’origine algérienne embrigadées dans les structures du FLN. La Casbah, à elle seule, comptait 80 000 habitants.

II La Zone autonome d’Alger

La ZAA a fonctionné comme telle. Aux yeux du CCE, de par son importance stratégique sur l’échiquier national, de par la portée psychologique nationale et internationale de ses interventions, de par
son rôle de caisse de résonance de la Révolution, elle était considérée comme une wilaya, et même un peu plus, elle était la wilaya du CCE lui-même.Jusqu’à début 1956, l’organisation FLN d’Alger était structurée en réseaux politico-militaires qui, parfois, se chevauchaient et se concurrençaient. Tous ces réseaux gravitaient autour de Krim et surtout de Ouamrane et de Abbane, ce dernier secondé par Ben Khedda.Parmi les plus importants de ces réseaux, citons :
– les réseaux Lakhdar Rebbah, Mohammed Ben Mokaddem et Rachid Amara,
– le réseau Hachemi Hammoud et Hachemi Touati,
– le réseau Ahcène Laskri et Ben Mohammed Hammada,
– le réseau Ahmed Chaïb (Ahmed Loghrab),
– le réseau Cherif Debbih,
– le réseau Arezki Bouzrina (Hdidouche) et Ahmed Ghermoul, le réseau Mustapha Fettal et Belkacem Bouchafa.

Toutes les têtes de file de ces réseaux ont été des adjoints de Abbane. A partir de mars-avril 1956, l’organisation d’Alger est restructurée en trois régions ; les anciens réseaux étaient dissous et leurs membres intégrés au sein de ces régions. L’opération de restructuration confiée à Brahim Chergui à cette date durera jusqu’à août-septembre 1956.En septembre 1956, l’organisation algéroise du FLN prend la nouvelle dénomination de «Zone autonome d’Alger», avec toutes les prérogatives d’une wilaya.Siège du CCE, la ZAA est sous l’autorité statutaire du CCE. Trois des membres de ce dernier en supervisent désormais les activités : Abbane, Ben M’hidi et Ben Khedda.Sur le plan organisationnel, la ZAA se composait de deux branches distinctes, mais complémentaires : La branche militaire, dont le suivi des activités est confié à Ben M’Hidi: formée de groupes et de commandos de fidaïne, auxquels s’ajouteront à partir de l’été 1956 les «réseaux bombes». La branche militaire a été dirigée successivement pa :
(Mustapha Fettal (octobre l 955-mars 1956),
(Belkacem Bouchafa (avril1956- août1956),
(Yacef Saâdi (août1956- septembre 1957).

Avant le Congrès de la Soummam, la branche militaire activait sous l’autorité directe d’Ouamrane, lequel était, de la sorte, le responsable hiérarchique de Fettal, puis de Bouchafa.A la fin de 1956,
l’état-major de la branche militaire était constitué comme suit :

-Responsable : Yacef Saâdi ; Adjoint: Ali Amar (Ali La pointe)-
Région I: Abderrahmane Arbadji ; Adjoint: Hadj Othmane (Kamel)-
Région Il : Hammoud Ader,Adjoint : Ahcène Ghandriche,-
Région III : Omar Bencharif (Hadj Omar),Adjoint: Boualem

Benabderramane (Abaza).La branche politique, confiée à Brahim Chergui était sous la supervision directe de Abbane et de Ben Khedda ; grosso modo, elle couvrait trois types d’activités :Le travail
politico-idéologique: diffusion des mots d’ordre du FLN, de sa littérature, de ses tracts ; encadrement psychologique des populations afin de les rendre perméables à la «mystique du Nidham», c’est-à-dire la toute-puissance de l’organisation en tant que symbole et autorité morale du FLN, appuyée sur d’autres organisations à caractère social, culturel, économique (UGTA, UGCA, UGEMA?).- Le travail politico-administratif: encadrement «physique» de la population, sa sensibilisation aux directives du FLN, mise en place des bases minimales d’un contre-pouvoir et d’une contre-administration permettant la symbiose permanente entre le peuple et l’organisation,collecte de l’impôt patriotique, recensement des refuges, etc.,-

Enfin, une mission spéciale de renseignement et de police politique, ce qui confère à la branche politique de la ZAA un caractère plutôt politico-militaire que seulement politique, au sens traditionnel de ce terme.La branche politique créée fin octobre 1956 par le CCE disposait de ses propres groupes de fidaïne. On les appelait aussi «groupes d’intervention» pour bien marquer la différence avec les «groupes armés» qui, eux, relevaient de la branche militaire.

A la veille de la grève des huit jours (29 janvier – 5 février 1957), l’état-major de la branche politique se composait comme suit :

-Responsable: Brahim Chergui-RégionI : Akli Ziane (Ouakli) ou encore Hachemi Hammoud (Si Hocine), Adjoint :Sadek Keramane et Abderrahmane Naït Merzouk,
– Région II : Hachem Malek,Adjoints: Mahmoud Messaoudi et Toufik Bensemane.
-Région III : Bellouni Si El-Mahfoud, Adjoints: Rachid Benrahmoune et Mohammed Sahraoui.

Les membres des réseaux «bombes», une quarantaine, formaient les unités d’élite dans ce dispositif.Après la grève des huit jours, les deux branches démantelées de la ZAA sont reprises en main par Yacef qui deviendra, ainsi, seul chef de la zone.

Il rassemblera sous son autorité les deux branches et cela jusqu’à son arrestation en septembre 1957. L’épopée de la première zone autonome prendra fin, début octobre 1957, avec le dynamitage du réduit où s’étaient barricadés Ali Amar et ses derniers compagnons. Construite sur le modèle pyramidal, la ZAA était composée d’environ 12 000 hommes répartis en 3 régions, chacune gérée par 2 branches : militaire et politique.La branche militaire comportait 2 à 3 groupes par quartier, hormis la Casbah avec ses 80 000 habitants qui, elle, servait de base à une dizaine de groupes évoluant entre 40 et 50 éléments. C’était le vivier où puisait constamment l’organisation pour le recrutement des militants, des moudjahidine et des fidaïne. Ces derniers sans attache à un groupe particulier, formaient une espèce de réserve d’une cinquantaine d’hommes par région.Branche militaire et branche politique formaient un outil qui, avec ses attentats quotidiens,
marquait une présence percutante où chaque action perpétrée à Alger avait une portée décuplée par ses effets démoralisateurs sur la population européenne : le moindre acte «terroriste» était fortement médiatisé et les actions particulièrement dévastatrices sur le plan psychologique et moral. On avait affaire à des militants instruits, formés, issus pour la plupart des rangs du PPA-MTLD. C’était l’ALN de la ville, différente de l’ALN de la montagne ou de la plaine. Le CCE avait ouvert dans la guerre avec la France un front urbain, le seul qui mobilisa dans la capitale une bonne douzaine de régiments de l’ennemi et qui n’existe nulle part ailleurs dans le monde. La présence du CCE, installé parmi la population musulmane, quelque part à Alger (en réalité en plein quartier chic européen du Télemly) était un gage de garantie et de confiance pour les combattants. Par leurs actions individuelles et collectives dans un cadre strictement urbain, les moudjahidine jetaient le discrédit sur les autorités et leur crédibilité et révélaient l’impuissance de la France à maintenir l’ordre en Algérie, fût-ce à sa porte, malgré une armée suréquipée et plus nombreuse, provoquant chez la population européenne un syndrome de l’isolement, la poussant à un repli sur elle-même, en vérité vers son origine, en direction de la métropole. Telle fut la Zone autonome d’Alger qui fit d’Alger dans les années 1956-1957 la capitale de l’Algérie en guerre et où Abbane et son équipe jouèrent un rôle déterminant.

III Le personnage de Ramdane Abbane

Comme tous les grands personnages de l’histoire, Abbane a eu ses détracteurs, qualifié par eux, tantôt de «régionaliste», hostile à «l’arabo-islamisme», tantôt d’«autoritariste», voire par certains
d’«agent de l’ennemi», de «traître» même. Avant de répondre à ces accusations, disons un mot sur son itinéraire. Ayant obtenu son baccalauréat en 1942 au Collège colonial de Blida (l’actuel lycée
Ibnou Rochd), Abbane trouva un emploi à Chelghoum El-Id (ex Châteaudun-du-Rhumel) comme secrétaire de commune mixte. Il le sacrifiera aussitôt pour s’engager résolument dans le PPA, le seul
parti à revendiquer l’indépendance. En 1950, chef de la wilaya d’Oran et membre du Comité central du PPA-MTLD, il est arrêté pendant la grande répression de l’OS, branche armée de ce dernier (le rôle du chef de wilaya était de situer dans l’organisation politique les éléments aptes à la lutte armée et de les verser à l’OS). Il est transféré d’une prison à l’autre, en Algérie et en France, et libéré après 5 ans de détention, en janvier 1955, souffrant d’un ulcère à l’estomac consécutif à ses nombreuses grèves de la faim. Il a beaucoup lu au cours de sa détention. Lorsque Krim et Ouamrane viennent lui rendre visite à sa sortie de prison et lui exposer la situation qu’ils vivaient, il est consterné par l’extrême faiblesse des moyens de la Révolution et l’insuffisance des cadres maquisards qui, malgré leur courage à toute épreuve et leur mépris de la mort étaient marqués par l’illettrisme et l’analphabétisme, un sérieux handicap pour mener la guerre et conduire des milliers d’hommes et de femmes dans le chemin de l’indépendance. Mais cela ne le décourage nullement et il se jette corps et âme dans la bataille, décidé à offrir le meilleur de lui-même. D’où sa démarche d’ouvrir les portes du FLN à tout Algérien désireux de servir la patrie et de rechercher des militants formés et compétents qui manquaient cruellement à la Révolution. Il s’était vu confier la responsabilité d’Alger-ville par Krim et Ouamrane. Fidèle à sa politique d’union nationale, il fit appel aux «centralistes» et aux éléments de l’UDMA et de l’Association
des Ulémas dont certains seront désignés par le Congrès de la Soummam au CNRA. Il s’agit de la présence à cet organisme des «Centralistes» (Aïssat, Dahlab, Ben Khedda, Yazid, Mehri, Louanchi, Temmam), des éléments de l’UDMA (Abbas, Francis) et de l’association des Ulémas (Tewfik el Madani et Brahim Mezhoudi).Dans une lettre au CCE, Ben Bella écrit:«Ces décisions (celles générales du Congrès de la Soummam) ont été en outre, assorties d’autres décisions consacrant la présence d’éléments au sein des organismes dirigeants du Front, qui sont une véritable aberration des principes les plus intangibles de notre Révolution, et qui, si on y prend garde, finiraient, je pèse les mots, à lui faire tordre une fois pour toutes le cou.» (Mohammed Harbi, Les archives de la Révolution, page 168).Dans l’esprit de Abbane et des congressistes de la Soummam, la présence de ces éléments est le reflet de la société algérienne avec ses différentes composantes et sensibilités qu’il s’agit de récupérer à travers les tendances qu’ils représentent et de les engager résolument dans la guerre pour l’indépendance.Le CNRA, c’est le parlement du FLN où la majorité des
membres, 30 sur 34, appartient à l’ex-PPA-MTLD, véritable Assemblée législative qui définit l’orientation et la politique du FLN, la seule autorité engageant les négociations avec l’adversaire et habilitée à proclamer le cessez-le-feu. Abbane est logique avec lui-même. Pour lui il n’y a point de salut en dehors de l’union nationale et sans le rassemblement aussi large que possible des forces nationales du pays.

Dans les reproches faits au Congrès adressés à la direction du FLN par certains membres de la délégation extérieure, c’est surtout la présence au CCE de Ben Khedda et Dahlab qui est visée, centralistes», accusés d’avoir combattu le déclenchement armé du 1er Novembre 1954. Des «centralistes» devenus membres du CCE, habilités en outre à «contrôler les activités de nos organismes à l’intérieur et à l’extérieur», cela était insupportable pour les «chefs historiques» qui estimaient qu’eux seuls avaient le droit de diriger le FLN et la Révolution.En réalité, c’était Abbane qui était ciblé et dont la montée fulgurante donnait des cauchemars à certains?S’il y avait des reproches à faire contre la désignation au CCE des deux «centralistes», ce n’était pas uniquement à Abbane à les adresser mais aux 4 ou 5 colonels de wilaya présents au Congrès et qui avaient ratifié ce choix. 5 ans après, c’est à ce même Ben Khedda et à ce même Dahlab qu’il est fait appel en 1961, l’un pour être le deuxième président du GPRA, l’autre pour mener à bien les négociations avec la France. Et comme par hasard, l’appel est toujours adressé par des chefs militaires, les 3 colonels-ministres du GPRA. On rapporte que Youcef Zighoud, proposé membre du CCE, aurait refusé pour se consacrer entièrement à sa wilaya. Quant au principe de la primauté du olitique sur le militaire, cela signifie que le FLN commande l’ALN et non l’inverse. Ce n’était pas une idée propre à Abbane mais à tous les congressistes de la Soummam. Elle a servi de base à toutes les
révolutions triomphantes. Le mérite de Abbane a été de l’avoir fait partager à ses pairs et d’avoir tenté de la mettre à exécution.

Appliquée de nos jours à l’Etat de droit, cette règle signifie que le civil commande le militaire et qu’au sommet de l’Etat le président de la République est le chef suprême des armées. N’est-ce pas là le mal qui ronge l’Etat algérien depuis l’indépendance et qui nous a conduit à la tragédie actuelle? Abbane «régionaliste»? Abbane et les congressistes de la Soummam dans une lettre adressée à la Fédération de France du FLN en pleine guerre ont sévèrement condamné les éléments «berbéristes, messalistes et autres contre-révolutionnaires qui continuent leur travail de sape et de division au sein de l’émigration algérienne» (Voir le livre d’Anne-Marie Louanchi, Parcours d’un militant paru récemment aux éditions Dahlab). Bien que francophone de formation, il a toujours soutenu et défendu le principe de l’identité algérienne rattachée à la culture arabo-islamique telle qu’elle avait été définie dans le PPA-MTLD son école de militantisme, en opposition à la théorie colonialiste de «l’Algérie française» ou celle de «l’Algérie, nation en formation». Bien que non pratiquant, il a toujours observé le plus grand respect envers ses compagnons d’armes quant à leur foi et leur piété musulmanes. Ce qui lui importait avant tout, c’était l’unité de tous les Algériens sans distinction qui, seule, pouvait libérer l’Algérie de la domination coloniale. Si la
victoire de l’indépendance a été possible, c’est en grande partie grâce à cette unité du peuple qui a opposé un front uni à l’adversaire.

Abbane «autoritariste» ?

Mais Abbane n’était pas seul. Il avait toute une équipe autour de lui menant des activités diverses et où chacun avait un secteur particulier : organisation, finances, logistique, milieu européen,
avocats, liaisons. Lorsque nous étions à Alger, nul protocole n’existait entre nous. Nous étions à la même enseigne. Aucun n’avait le pas sur l’autre. Nous courions tous le même danger : celui de
tomber entre les mains des paras de Massu-Bigeard et l’arrestation était suspendue au-dessus de nos têtes comme une épée de Damoclès.

Mais il y avait une entente tacite, une espèce de modus vivendi qui consistait à faire confiance à Abbane et à lui reconnaître le leadership parce que c’était un homme de décision, un animateur, un
coordonnateur. C’était lui qui assurait la correspondance avec les wilayate, les Fédérations de France, de Tunisie et du Maroc et la délégation extérieure. Le CDE alors était homogène.C’est à la sortie du CCE du territoire national que les choses changent, sortie décidée par les 4 membres restants, y compris Abbane, après la mort de Ben M’hidi. Une sortie lourde de conséquences, loin du terrain propre de la lutte, dans l’exil propice aux complots, aux coups bas, aux man’uvres de toutes sortes et qui sera fatal à Abbane. Son grand défaut a été son tempérament. Abbane était entier. Chez lui point de nuances. Il lui arrivait d’exploser, d’entrer dans une violente colère lorsqu’il s’apercevait d’une anomalie, d’un défaut, d’un abus, quitte à faire à son auteur des observations en pleine figure, parfois blessantes et publiques. «Tu ne comprends rien», avait-il dit un jour à l’un de ses pairs, membre du CCE. Un autre, il le traita de «fasciste». Une fois qu’il avait «vidé son sac», il se reprenait. Il n’était pas vindicatif ni rancunier. Qui peut se vanter parmi ceux qui ont exercé des responsabilités au cours de la guerre de libération d’avoir été «démocrate» et de n’avoir pas pris parfois des décisions «absolutistes». Les événements imposent souvent d’en prendre sur le champ et Abbane en a pris. Cependant, avec tout le respect et la considération que nous devons à la mémoire de Abbane, à l’oeuvre qu’il a accomplie et à la contribution qu’il apporta à la cause de l’indépendance, nous ne devons pas tomber dans le «culte du héros», le «culte des morts» en honneur chez les peuples d’Occident qui érigent des statues et des stèles à leurs grands hommes. C’est là une pratique contraire à nos m’urs, à nos traditions nationales et à nos valeurs islamiques qui assimilent cette pratique à une forme de chirk, polythéisme tendant à associer le culte de Dieu l’Unique au culte de l’homme. Inspirons-nous de ses idées, mais n’allons pas jusqu’à
l’adorer. Pour nous, Abbane est dans nos c’urs, et c’est en luttant pour le triomphe des idées qu’il a défendues que nous serons fidèles à sa mémoire, idées qui demeurent plus que jamais d’actualité dans notre Algérie souffrante: -la primauté du politique sur le militaire, -la primauté de l’intérieur sur l’extérieur (des problèmes internes sur les problèmes externes),-l’unité du peuple. Dans son livre paru récemment Ali Kafi fait parler des anciens chefs de la Révolution qui auraient lancé contre Abbane des accusations de «traître» «agent de l’ennemi» et autres «liens secrets». Ces chefs sont connus pour avoir été des adversaires et des rivaux de Abbane à la direction du FLN. A l’appui de ce qu’il avance, Kafi fait état d’affirmations plus ou moins vagues sans fournir des preuves tangibles : les personnes impliquées dans cette «trahison», leurs lieux de rencontre, les dates, les décisions prises et autres faits concrets. Les arguments de l’auteur sont loin d’être convaincants. Alors que l’Algérie se débat dans les convulsions d’une tragédie sans nom, alors que la jeunesse algérienne est à la recherche de ses repères historiques, on ne peut
s’empêcher de se poser la question suivante : quelle motivation a poussé Kafi, secrétaire de l’Organisation nationale des moujahidine à diffamer et à calomnier un symbole de la Révolution, connu pour son ‘uvre historique d’unification des forces nationales qui a permis la libération de l’Algérie. Il a poussé l’outrecuidance jusqu’à s’attaquer à un mort et salir sa mémoire, jouant par là un rôle peu glorieux et peu digne.

B. B. *Titres et intertitres de notre rédaction (1) Le Sud c’était

la wilaya VI.

Liste des «22» du CRUA (juin 1954)
-Mokhtar BADJI-Othmane Belouizdad -Ramdane BEN ABDELMALEK-Ben Mostefa BEN AOUDA – Mustapha BENBOULAID-Mohammed – Larbi BEN M’HIDI – Lakhdar BEN TOBBAL – Rabah BITAT – Zoubir BOUADJADJ-Slimane BOUALI-Ahmed BOUCHAIB-Mohammed BOUDIAF – Abdelhafid BOUSSOUF-Lyès DERRICHE-Mourad DIDOUCHE – Abdesselam HABBACHI-Abdelkader LAMOUDI-Mohammed MECHATTI-Slimane MELLAH -Mohammed MERZOUGUI-Boudjemaâ SOUIDANI-Youcef ZIGHOUD

Les noms sont cités par ordre alphabétique.

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Cela devrait être dorénavant notre mot d’ordre. La tolérance, rien que la tolérance. ‘Les principaux chefs de maquis étaient acquis à la «doctrine Abane» Youcef Ben Khedda, La Tribune, 21 Juin 2000
Aujourd’hui s’ouvre au tribunal de Bir Mourad Raïs le procès en diffamation intenté à Ali Kafi pour les propos infamants qui, dans ses récents Mémoires, ciblent l’un des héros les plus valeureux de notre Guerre de libération : Abane Ramdane. Sa famille s’étant portée partie civile afin de laver son honneur outragé, j’ai tenu à venir la conforter autant par sympathie que par devoir de vérité envers un homme qui a dominé par sa stature exceptionnelle la scène révolutionnaire des années 1955-1957. Dans le quotidien la Tribune en date du 18 août 1999, je m’étais déjà longuement exprimé sur le cas Abane.

Cette fois, je serai moins prolixe, m’efforçant simplement de tirer les enseignements de la terrible tragédie à laquelle son nom demeure associé. Rassemblement des forces vives Fin 1955-début 1956, le mouvement insurrectionnel du 1er Novembre 1954 avait pris une telle ampleur qu’il faisait courir le risque à ses propres promoteurs de les submerger par l’importance et l’urgence desproblèmes qu’il charriait.

Dispersés entre l’intérieur et l’extérieur du pays, ceux parmi les «vingt-deux» ou le «groupe des neuf» qui avaient échappé à la mort ou à l’arrestation voyaient la Direction qui, initialement
s’identifiait à eux, complètement éclatée, donc inopérante. Ils étaient, par ailleurs, divisés quant aux voies et moyens de conduire la Révolution. Les principaux chefs de maquis comme Krim, Ben M’hidi, Ouamrane et, plus tard, Zighoud, étaient acquis à la «doctrine Abane» qui préconisait un vaste rassemblement des forces vives du peuple algérien. Selon cette ligne, il était admis que le FLN se devait de se convertir très vite à une véritable stratégie d’union nationale aussi large que possible, avec la participation des éléments du PPA-MTLD encore à l’écart et, également des nationalistes modérés appartenant à l’UDMA de Ferhat Abbas ou à l’Association des Oulama de Bachir Brahimi.

A l’opposé, certains membres de la Délégation extérieure du FLN au Caire repoussaient toute idée d’ouverture du commandement du FLN aux éléments issus des anciennes formations politiques. Ils considéraient cela comme la pire des déviations car, prétendaient-ils, la pureté originelle de la Révolution s’en trouverait gravement altérée. De leur point de vue, seuls les hommes présents au rendez-vous du 1er Novembre 1954 étaient dignes de diriger le mouvement. Autrement dit, il reviendrait aux «Historiques», et à eux uniquement, de jouir d’une monopolisation sans partage du pouvoir de décision. Est-il besoin de préciser que le concept d’«Historiques» a d’abord été lancé par la presse occidentale de l’époque pour désigner, par commodité, la poignée d’hommes qui avaient présidé au déclenchement insurrectionnel.

A la faveur d’un glissement sémantique tout à fait abusif, ce mot s’était ensuite chargé d’une connotation foncièrement militariste, laquelle avait fini par prévaloir dans les esprits peu politisés. La primauté du politique sur le militaire L’assimilation sommaire des «Historiques» aux «militaires» procédait d’un simplisme réducteur. Elle impliquait l’inévitable dévalorisation
des «politiques», assimilés à leur tour aux «civils» et même, péjorativement, aux «politiciens» et, de ce fait, cantonnés dans un statut subalterne. Une telle discrimination reflétait une tendance
ans cesse croissante à ne compter que sur la force des armes. Privilégiant le militaire au détriment du politique, elle était en porte-à-faux avec les conceptions d’un Ben Boulaïd ou d’un Ben M’hidi, qui se considéraient avant tout comme des militants politiques portant l’uniforme par nécessité. Que leur fût accolée l’étiquette d’«Historiques» qu’ils n’avaient, au demeurant, jamais sollicitée, ils n’en récusaient pas moins l’idée qu’on pût les ériger en catégorie à part, ou en caste militaire en charge exclusive du destin national.

C’est à Abane qu’échoit et le mérite et le courage d’avoir réhabilité le rôle fondamental du politique en renvoyant à une lecture plus serrée et plus exigeante de la Proclamation du 1er Novembre. Celle-ci, en effet, consacrait sans la moindre équivoque l’intangibilité de principe de la prééminence du FLN sur l’ALN. Grâce au puissant soutien de Ben M’hidi, Abane parviendra à transposer cette
prééminence dans la plate-forme de la Soummam sous la formulation désormais célèbre de «la primauté du politique sur le militaire». Il va de soi qu’Abane ne niait en aucune manière l’action éterminante et irremplaçable de l’ALN. Dans ses tracts et ses déclarations, il ne manquait jamais de glorifier l’efficacité et l’héroïsme des djounoud, d’exalter leurs sacrifices et leurs ouffrances aux côtés du peuple. Il redoutait cependant que ne se renforçât une certaine évolution amorcée dès 1956 qui, petit à petit, semblait reléguer au second plan la nécessité impérative du travail politique au sein des maquis. En donnant la prépondérance aux impératifs de la confrontation sur le terrain, en subissant la dictature du champ de bataille consécutive à la radicalisation du conflit, les responsables s’investissaient dans le militaire à corps perdu.

Cela se soldait progressivement par une espèce d’évacuation du politique au profit d’une vision purement guerrière de la lutte de libération. Ce faisant, ils entérinaient la dépolitisation de l’esprit combattant, laquelle était déjà en gestation dans la généralisation des pratiques volontaristes et spontanéistes. Sévissant de la base au sommet, un tel phénomène de dépolitisation ne sera pas sans s’accompagner de carences et de déficiences se conditionnant les unes les autres, sur fond d’inculture politique et d’indigence idéologique. Il en résulta, entre autres, le rétrécissement des perspectives et le déficit notoire des capacités d’analyse et de synthèse ; l’incohérence par inaptitude à maîtriser l’ordre des urgences, et à différencier le substantiel de l’accessoire, le formel et le spectaculaire du «consistant» ; l’improvisation et la précipitation par recours aux initiatives à courte vue ; surtout, l’autoritarisme sourcilleux articulé sur la répugnance à se remettre constamment en question grâce à une autocritique salutaire. C’est pour parer à des dégénérescences et des déviations aussi lourdes de périls qu’Abane osera affronter les grands responsables militaires du moment désormais majoritaires dans le CCE élargi en 1957 avec l’entrée en force des colonels dans les organismes dirigeants. Un tournant capital était pris qui laissera des traces durables dans nos institutions jusqu’à l’heure actuelle. Complètement démonétisé, le politique s’effacera pour de bon devant la prépondérance du militaire.

L’assassinat d’Abane entérinera l’échec de sa conception élitiste de la Révolution ; il scella le déclin irréversible du primat du politique comme fondement essentiel de toute construction populaire et démocratique authentique. En contrepartie, qu’avaient donc à proposer ses adversaires ? Beaucoup de grandiloquence mais peu de substance. L’esprit de novembre On continuera à vivre avec l’exaltation des faits d’armes et des prouesses passés mis en scène par la «famille révolutionnaire», à coups de célébrations et de commémorations sans fin pour servir une histoire encore atrocement sélective.

Et pendant ce temps, le peuple marginalisé et maintenu dans un état de délabrement moral sans issue tantôt gronde et tantôt se morfond dans sa désespérance. Bafoué dans ses droits, privé du devoir légitime de contester et de s’opposer, il vit en permanence sous les fourches caudines des dispensateurs de la pensée unique qui n’ont de cesse d’entretenir la désunion, de propager le mépris de l’autre, et e miner tout ce que nos populations renferment de sacré.

Partisan résolu de l’ouverture du FLN à tous les Algériens quelles que fussent leurs opinions, il réussira, avec l’aide décisive de Ben M’hidi, à le démocratiser en cassant le monopole que les «Historiques» exerçaient sur sa Direction. Et c’est encore d’ouverture démocratique et de l’arrêt de cette pensée hégémonique qui nous régit sous la contrainte que nous avons aussi le plus soif à l’heure présente. L’esprit de Novembre avait guidé les pas d’Abane. Ranimons-le donc, et retournons à ses valeurs sacrées, car ce sont elles qui ont cimenté notre unité nationale durant la guerre. Efforçons-nous les uns les autres de sauver l’Algérie à nouveau. Réconcilions-nous avec nous-mêmes, et acceptons-nous dans le respect de nos mutuelles différences en sorte que ces différences ne soient plus sources de fitna mais matière à enrichissement par tolérance interposée.

Si chacun se mettait à tuer quiconque n’est pas de son bord, si nous persistions à nous entre-tuer, si nous ne faisions preuve de tolérance les uns vis-à-vis des autres, alors, d’autres Abane tomberaient, le pays poursuivrait sa chute libre, s’enfonçant dans une régression sans rémission. Nous aurons alors préparé de nos mains inconséquentes le terrain à une autre forme de colonisation plus cruelle, plus pernicieuse, plus terrifiante que celle dont nous avions triomphé. La tolérance, rien que la tolérance, tel devrait être dorénavant notre mot d’ordre pour que nos enfants et les enfants de nos enfants puissent vivre dans une société de justice, de paix et de progrès, car en elle réside le secret de notre renouveau et de notre réussite. Que la tragédie d’Abane nous serve de leçon.

Y. B. K.

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